Franz Erhard Walther était présent à l’ouverture de son exposition rétrospective au Wiels. Cet Allemand né en 1939 ressemble à tout sauf à un artiste. D’une simplicité déroutante, en chemise à carreaux, il a déroulé patiemment les explications sur son travail.  Enigmatique au premier abord, il a pris tout son sens au cours de la visite. Que du bonheur.

Walther a participé à des expositions historiques, entre autres When Attitudes Become Form, à Berne, en 1969, dont on a pu voir une “réédition” à la Biennale de Venise en 2013, Spaces au MoMa en 1969-70, les Documenta 5, 7 et 8 à Kassel… A travers le dessin, la peinture, la sculpture en tissu, l’archivage photographique, il a étendu son oeuvre minimaliste, conceptuelle, étonnante et rare jusqu’à aujourd’hui. Un sacré bonhomme.

Réunissant des oeuvres réalisées entre les années 50 et aujourd’hui, l’exposition du Wiels illustre la démarche de déconstruction des diktats de l’oeuvre d’art en tant qu’objet à immuable, intrinsèquement lié au socle et aux cimaises. Au travers de la sculpture en textile, principalement, Walther investit l’espace de manière originale. Dans la première salle, des formes en tissu, en volume, sont posées à même le sol, composant une grande oeuvre abstraite faite d’aplats et de volumes de couleurs vives. Cette oeuvre est unique. Posée ailleurs, dans un autre espace, elle aurait été différente. On peut manipuler les formes en textile. Ainsi, l’oeuvre est en permanente mutation, en lien avec le lieu qu’elle occupe et le spectateur qui la regarde.

Plus loin, First Work Set est une installation sculpturale composée de 58 éléments en tissu. Ces formes invitent à l’usage, à l’action. En les manipulant suivant une procédure précisément décrite, le visiteur expérimenter des émotions ou des sensations qui sont loin d’être abstraites ou conceptuelles. Plusieurs de ces pièces de textile ont été rééditées et sont manipulables dans l’exposition, avec l’aide d’un assistant. Ainsi, une simple bande de tissu, dont chaque extrémité comporte un trou pour passer la tête: deux visiteurs y expérimentent un face-à-face étrange. Ou cet autre pièce de tissu, longue de plusieurs mètres, dont les extrémités sont cousues. Deux personnes peuvent y “caler” leur tête. En s’éloignant l’une de l’autre, la bande de tissu se tend et les regards peuvent s’échanger dans ce tunnel de toile. En se rapprochant, le textile se met à pendre, et les deux participants ne peuvent plus se regarder.

A l’étage, de très nombreux dessins d’archives. Walther est un dessinateur né. Il a beau produire une oeuvre minimaliste, il aime à archiver ses expositions par le dessin. Une merveille de traits et d’écritures manuscrites. N’ayez pas peur, allez-y!

Franz Erhard Walther : Le corps décide

Wiels Centre d’Art Contemporain

Jusqu’au 21 mai

Au premier étage, on peut voir ou revoir l’oeuvre narrative d’Akram Zaatari, qui avait présenté à Venise en 2013 Letter to a Refusing Pilot racontant sous la forme d’un faux documentaire l’histoire entendue de nombreuses fois par l’artiste, dès l’enfance, d’un pilote qui refuse de bombadrer une école dans une petite ville du sud-Liban sous occupation israélienne.

Akram Zaatari

This Day at Ten

018 012  

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