Amateurs de pixels, voici l’occasion de vous plonger dans les prémices d’un genre qui divise l’image en point de couleurs. Les portraits néo-impressionnistes à découvrir à l’Espace culturel ING sont d’une grande vivacité, pleins de tendresse et de poésie. Une bonne raison de faire le point.

Les tableaux pointillistes sont principalement regroupés dans trois collections, celles du Petit-Palais à Genève, au musée d’Orsay à Paris et à l’Indianapolis Museum of Art aux Etats-Unis. C’est ce dernier musée qui a organisé l’exposition à voir aujourd’hui.

En 1886, Georges Seurat expose à Paris sa peinture Un dimanche après-midi à l’Ile de la Grande-Jatte. En arrêt devant la modernité de ce tableau, ses contemporains belges invitent Seurat à exposer l’année suivante au Salon des XX à Bruxelles. L’oeuvre inspire tant les artistes du cercle des XX que d’autres, venant du reste de l’Europe. Né à Paris le mouvement néo-impressioniste se développe alors de manière singulière à Bruxelles, qui devient rapidement une plate-forme d’échanges d’idées progressistes.

Quel que soit le nom qu’on lui donne, néo-impressionisme, chromo-luminarisme, divisionnisme ou encore pointillisme, la proposition de Seurat apparaît aux yeux de nombreux artistes comme celle “d’un art parfaitement neuf, affranchi de tout souvenir de musées, un arts synthétique et ornemental”, écrira Georges Lemmen.

De 1886 à 1904, sur une courte période de 18 années, se déploiera l’une des théories et l’une des méthodes qui ont contribué intensément à la propagation du modernisme en Europe. Durant cette période, les artistes, leurs clients, les intellectuels participent à des cercles littéraires, concerts et autres manifestations artistiques. Tout foisonne dans Bruxelles classée alors 2ème puissance industrielle mondiale.

Ce mouvement regroupe en France des peintres comme Georges Seurat, Paul Signac, Lucien Pissarro, Maxilimien Luce, … Ils utilisent la technique de la recherche de la lumière et de la couleur objective, recomposée par l’oeil à partir de points de couleur pure juxtaposés. Les artistes belges, comme Henry Van de Velde, Georges Lemmen, George Morren, Théo Van Rysselberghe et William Jelly démontrent que cette théorie divisionniste de la couleur est parfaitement applicable à la réalisation de portraits psychologiques, profonds et lumineux. Leur technique qui pourrait sembler réductrice ne les empêche pas d’exprimer beaucoup d’émotion, de tendresse. Un régal.

Parfaitement mené, le propos porte sur les portraits. Plus ou moins pointillistes, ils suprennent tous par leur grande sensibilité.  Ainsi, Les Soeurs Serruys, avec leur robe identique, dont les regards racontent une sororité tourmentée.

Ou l’étonnamment moderne Devant la fenêtre, d’Achille Laugé, dont la composition, les aplats et les choix de couleurs font faire un bon en avant dans le temps. Mais c’est Théo Van Rysselberghe qui donnera tout son charme et sa force au pointillisme vibrant à la belge. Il n’hésite pas à réaliser via ses essaims mouvementés de points de couleurs, des zones de couleurs franches et vives.

Ses Trois enfants en bleu présentent trois petites filles en robe bleue, sur fond bleu. Seul le coussin orange placé à l’exact centre de la toile perce de manière solaire. Même jeu des couleurs sans complexe, avec Une femme lisant et une fillette, où Van Rysselberghe rend l’atmosphère feutrée d’un intérieur bourgeois avec une gamme de bleu-vert tendant parfois vers le gris. C’est la lavallière orange vif que porte la femme qui fait sursauter l’oeil parcourant le tableau.

Remarquables aussi les trois portraits des soeurs Sèthe, réunis après de longues décennies. Et étonnant le trajet de ces oeuvres, puisque ces trois tableaux partent de leur première demeure avec chacune des soeurs lors de leur mariage. Irma, qui a épousé un juif, emporte avec elle son portrait lorsque le couple se réfugie aux Etats-Unis en 40-45. Il repartira sur le vieux continent quand il sera mis en vente et acheté par le Musée du Petit-Palais de Genève. Maria, future épouse de Van de Velde, fera donation de son portrait au musée des Beaux-Arts d’Anvers. Tandis que le portrait d’Alice partira à Saint-Germain-en Laye, en France. Trajets des objets qui racontent leur incrustation dans le cours de l’Histoire.

Plus loin dans l’exposition, c’est l’amitié de Van Rysselberghe avec Emile Verhaeren qui est décrite, entre autres avec ce beau portrait du poète dans la pénombre de son cabinet de travail.

Mais encore, les pointillistes n’hésitent pas à pratiquer leur théorie divisionniste à la mine de plomb, pour des dessins dont le rendu lumineux et doux est un régal. Ainsi, Intimité, de Théo Van Rysselberghe, propose une vue d’intérieur avec deux femmes, l’une lisant et l’autre, à l’avant-plan, cousant dans un rayon de lumière qui la transcende.

On pointe un super atelier, le Studio Couleurs du Point au Pixel, qui permet d’expérimenter de manière ludique les théories de la couleur qui ont servi de base aux néo-impressionnistes (à partir de 12 ans). La pixellisation n’est pas loin!

To the Point
Le portrait néo-impressionnisite, 1886 – 1904
Espace culturel ING
6 place royale
1000 Bruxelles
Jusqu’au 18 mai

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Théo Van Rysselberghe, portrait d’Irma Sèthe

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Théo Van Rysselberghe, Trois enfants en bleu

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Georges Lemmens, Les soeurs Serruys

 

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Théo Van Rysselberghe, portrait d’Emile Verhaeren

 

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Théo Van Rysselberghe, Intimité

 

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