S’associant au Dallas Museum of Art, Bozar propose une somptueuse rétrospective de l’artiste belge Michaël Borremans (1963). D’abord graveur et photographe, il se lance dans la pratique de la peinture à 33 ans et expose ses toiles à partir de 37 ans, en 2000. En 14 années, ce scruteur des maîtres historiques tels que Velasquez, Goya ou Manet a déployé une oeuvre dans laquelle il interroge principalement la figure humaine. Ses compositions travaillées, préparées, pensées, invitent des personnages dans un théâtre étrange, insolite et bouleversant.  Il a été exposé en solo dans de nombreux musées internationaux, dont le S.M.A.K. à Gand, en 2005…

“As sweet as it gets”, Aussi doux que possible, le titre de l’exposition, suggère que le présent dans lequel nous baignons tous est peut-être un peu plus acide que prévu.

C’est la fascination qui prévaut dans l’esprit et le coeur du spectateur dès l’entrée dans l’exposition. Une première toile haute de 6 M l’accueille. The Avoider, sous sa facture classique, une technique maîtrisée, les beiges et roses d’une peau qui dessinent un corps bien construit, donne à voir une étrange figure: vêtements contemporains, visage actuel, bâton de pèlerin, l’homme semble s’être arrêté dans un no man’s land entre ici et  ailleurs, entre aujourd’hui et le passé.

Plusieurs salles présentent des toiles de petits et grands formats. The Angel, autre toile de 6 M de haut, est une jeune femme en robe rose, le visage entièrement fardé de noir et penché vers l’avant. Les bras ballants suggèrent une fatigue, un désespoir. Posée devant un fond uni, elle semble désincarnée, figée, dans une absence presque douloureuse.

D’une troublante beauté, les toiles de Borremans figent le spectateur dans une interrogation: que vois-je? Le réel? Une interprétation de celui-ci? L’expression d’émotions? Un désespoir? Sous le pinceau du peintre, c’est un monde d’ambiguïtés, de tensions, de non-dits, de détails qui crèvent l’oeil. “Je peins la culture, pas la nature”, dit celui-ci.

Michaël Borremans est aussi et sans doute avant tout dessinateur. C’est ce qu’on découvre dans les salles suivantes. Ici, les personnages de ses compositions sont des figurines d’un jeu étrange, dangereux. Parfois petits, parfois coupés en deux, parfois allongés, ou gigantesques, ils se confrontent à d’étranges architectures comme cette éprouvante “House of Opportunities”, dont les murs sont couverts de petites fenêtres noires entourées de volets rouges mais qui ne possède pas de porte. Cette construction est reprise dans de nombreux dessins et réalisée en maquette.

Chaque dessin est comme une petite scène de théatre, La composition y est importante, ça fourmille de détails. On y retrouve l’influence d’anciens comme Ensor. “Le dessin reflète plus des idées, il s’agit davantage d’exposer une idée sur le papier. Le dessin a en outre beaucoup d’affinités avec la sculpture.(…) Pour moi, un tableau a plutôt pour fonction de montrer l’essence d’une image. Je n’aime pas faire des tableaux compliqués, où il se passe un tas de choses.”, explique Borremans.  Mêlant pratique du dessin, de la vidéo et de la peinture, en un mouvement qui va d’un médium à l’autre, Borremans donne à voir de manière extrêmement contemporaine une oeuvre d’une grande maturité, profondément enracinée dans son époque.

Et, bien évidemment, on savoure sans compter la chance de pouvoir aborder Borremans et Zurbarán deux peintres amoureux de la peinture à 4 siècles de distance, qui dialoguent dans une fraternité étonnante.

Michaël Borremans
Palais des Beaux-Arts
Jusqu’au 3 août 2014
http://www.bozar.be

http://www.novaplanet.com/novamag/27552/michael-borremans-la-lumiere-est-un-animal

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