Vous avez dit nomade ?

Walter De Weerdt nous a habitué à la représentation, souvent passionnante, d’artistes africains. Et bien sûr, au déménagement intempestif de sa galerie, si bien nommée « Nomad ». Aujourd’hui, il inaugure un nouveau lieu, toujours dans le bas de la ville.  Sous le titre « Thrown together », il présente une belle série d’artistes belges et africains.

Chaque œuvre, semblant sans lien avec les autres, en une juxtaposition d’idées séparées, dialogue gracieusement avec les autres. Il est intéressant de voir que « ça fonctionne ». Les très beaux totems du Camerounais Guy Woueté mêlent objets récupérés de notre société de consommation : piles de livres, entassement de chaussures, alignement de jouets en peluches, … et bois sculpté. Ainsi, au-dessus des livres enfilés sur une tige de métal, une forme de bois sculpté ébauche un masque africain. Se juxtaposent la beauté de l’art africain et le côté incontournable de l’objet occidental, dans une tension. Guy Woueté a été reçu sur concours à la prestigieuse Rijksacademie d’Amsterdam.

Du Congolais Aimé Mpane, né en 1968, et dont on a pu voir précédemment les portraits peints et creusés dans des plaques de bois, voici une belle composition de carrés de bois, sérigraphiés dans des couleurs vives : un bus qui tombe dans un drapeau européen.

jeanine-cohen-bioSatch Hoyt est un Anglais d’origine jamaïcaine, né à Londres et vivant à Berlin. Il propose un très bel arbre à dominos, qui dialogue agréablement avec les totems de Guy Woueté. Il s’agit d’une représentation de l’arbre de Boudha, évoquant la Chine, puisque ce sont les Chinois qui emmenèrent le jeu de dominos en Jamaïque. S’y joint une bande son à écouter avec un casque, mêlant bruits des dominos qui s’entrechoquent et conversations des joueurs jamaïcains.

Jeanine Cohen est une plasticienne et photographe belge née en 1951. Formée à la sérigraphie, c’est cette technique qu’elle utilise pour les structures lumineuses et méditatives qu’elle donne à voir ici. Les assemblages presque psycho-rigides de planches de bois lisses qu’elle réalise sont recouverts d’une fine couche de couleur vive. Il faut un temps pour comprendre d’où vient le halo rose qui sourd de derrière la structure. C’est la peinture fluo qui recouvre l’arrière de la pièce qui se reflète sur le blanc du mur. Naît une ambiance qui ressemble aux reflets d’un vitrail sur le sol d’une église, ou à un éclat de lumière colorée qu’on capte au printemps, quand la lumière est de retour. Une légèreté, et une joie subtile, émanent des ces constructions de bois. C’est méditatif, délicat, précis.

On pointe aussi les deux sculptures en paraffine du sculpteur belge Gérald Dederen, né en 1951. Délaissant ses structures arachnéennes en fil d’étain bobiné, il crée des formes étranges, pleines et compactes, qu’il recouvre à la main de gouttes de paraffine. Naissent ainsi des sortes des globules satinés, comme des grands osselets solitaires et patients.

Thrown Together
Nomad Gallery
Bruxelles

Paru en 2012 dans L’Echo

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