Prenez  « Sixteen thanks » : d’un trait à l’encre noir, légèrement tremblant, François Avril décrit et recrée une vue des toits de New York. C’est bien New York, ses buildings si typiques, ses réservoirs d’eau posés sur les toits. On y est en un clin d’œil et pourtant l’œuvre se donne à voir ailleurs que dans l’immédiateté. Entre bande dessinée et dessin narratif, François Avril capte l’idée de la ville, ses lignes horizontales et verticales. Il en décante l’élégance graphique. Il en joue, allégeant à chaque fois le propos de la réalité.

New York, Paris, Tokyo ou Bruxelles sont à chaque fois reconnaissables sous son pinceau, et pourtant l’artiste a pris un malin plaisir à recomposer le paysage urbain. Pour cette « Place Flagey », Un air de déjà-vu. Mais, à bien y regarder, les immeubles ne sont pas dans cet ordre, dans la réalité. Dessins au crayon et à l’encre, gouaches sur papier et toiles à l’acrylique sont les sentiers graphiques arpentés par François Avril pour construire des villes que le spectateur semble (re)connaître. Certaines œuvres deviennent presque abstraites, jouant sur le trait noir et les ajouts de couleurs comme dans un mobile de Calder. Un équilibre fragile entre figuration, narration et abstraction se fait, qui donne tout son intérêt au travail de ce redoutable dessinateur.

avril-29frontFrançois Avril a débuté sa carrière en tant qu’illustrateur. Il a réalisé de nombreux livres pour enfants et quelques bandes dessinées. La ville est son thème de prédilection, il aime s’y perdre. A chacun de ses séjours à New York, il a pris l’habitude d’acheter un vélo, qui sera son seul moyen de locomotion. Quand il repart, il le revend.

Véritable artisan du dessin, Avril explore les différentes techniques de dessin et d’impression, pratiquant parfois lui-même la mise en sérigraphie de ses oeuvres et s’essayant à la gravure. La presse française et internationale (The New Yorker aux États-Unis, More au Japon, Atlantico au Portugal…) fait régulièrement appel à son travail pour illustrer ses pages.

François Avril a créé expressément pour l’exposition une grande partie des œuvres présentées, ainsi que le Rehaut « 111 Christian Street « . Le Rehaut est une création originale consistant à rehausser (entre autres à l’aquarelle ou au pastel) un dessin préalablement reproduit grâce aux techniques d’impression numérique. A mi-chemin entre l’estampe à très faible tirage et l’œuvre originale, le Rehaut permet à l’artiste d’explorer un nouveau support de création et au collectionneur d’acquérir une œuvre à chaque fois unique. Sur chacun des 11 exemplaires tirés, une vue « typique » de New York : Dans la vitrine du grand magasin, le tableau qui y est représenté est une œuvre unique en rehaut. Une belle mise en abîme.

La toute jeune galerie Champaka  se spécialise dans les dessinateurs de bande dessinée, témoignant de ce que ces redoutables dessinateurs sont les héritiers des grands maîtres du passé.

Cities
François Avril
Galerie Champaka
Bruxelles

Paru dans L’Echo en août 2010

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