Villes imaginaires – Être au monde

Villes imaginaires

On connaît Pascal Courcelles pour ses grands formats qui laissent exploser la couleur, qu’il manie sans frein, toute bride abattue. On l’a vu déployer des fleurs stylisées, dans des compositions japonisantes, d’autres presque botaniques, avec feuillages et branches.  Pascal Courcelles a peint ses derniers temps sur des livres: couvertures ou intérieurs de receuils repris par des traits à l’encre, ou directement à l’acrylique, racontent une nouvelle histoire. Est-ce ce passage par la littérature qui donne tant de profondeur et de force à ses nouvelles propositions?

Sur le thème de la ville, ce fou de couleurs pose, dépose, creuse, ajoute, rajoute, en un mouvement instinctif et puissant, une trame de couleurs et de matières. Les toiles disent la densité d’une mégapole, la grille d’un plan de ville vue du ciel ou la mer de toits d’un village d’Amérique du sud. Les rues, les ponts, les bâtiments, les arbres évoqués sont autant d’excuses pour faire jaillir la couleur mais aussi les émotions des visiteurs. Courcelles plonge dans l’acte de peindre armé de ses teintes de prédilection: des rouges, des jaunes, des bleus vifs, du blanc pur pour faire contrepoint. La matière qui sort des tubes est posée sur la toile en couches épaisses, ainsi, en se superposant sans vraiment se mélanger, les couleurs se donnent à voir en 3 dimensions. Derrière le rouge, du jaune, sous le blanc, du bleu, du vert, du rose… On est proche du bas relief, tant le volume, la masse et l’accumulation de matière sont denses et importants.

Il y a une puissance dans le geste qui est neuve chez Pascal Courcelles. Est-ce celle de la maturité? Aurait-il creusé plus loin dans les profondeurs de son âme? Courez voir ces toiles qui respirent la joie de peindre, la jouissance du jeu “mine de rien” avec la couleur, le besoin jamais épuisé de réaliser, la recherche d’une harmonie très personnelle.

Pascal Courcelles
Galerie Fred Lanzenberg
Bruxelles

Etre au monde

photo3C’est la septième exposition d’Anne Desobry en 18 ans au Salon d’Art. Ancienne élève de Camille de Taeye, l’artiste aborde la peinture comme Rilke conseillait au jeune poète d’aborder l’écriture: comme un passage obligé pour être capable de vivre. “Peindre construit ma relation au monde”, dit-elle. Aujourd’hui, elle présente des images construites à partir d’échos du monde qui l’ont heurtée: un mineur assassiné en Amérique du sud, par exemple. Construites à partir de paysages réels, contemporains, comme surimprimées d’instantanés du monde, puis reliées à sa propre intimité par le geste de peindre, les toiles de Desobry alchimisent, digèrent, retendent la réalité toute crue. En un style réaliste lyrique qui rappelle les peintures de Jan Vanriet, Desobry donne à voir quelque chose à la fois doux et inquiétant. L’ombre portée de la ramure des arbres sur le sol: douceur d’une fin d’après midi d’été; le personnage placé là, un peu penché: quelles pensées l’obsèdent-elles à ce point qu’une inquiétude diffuse émane de cette silhouette?

Dans des tons feutrés, salis de noir, l’huile est posée en fines et multiples couches transparentes. C’est par cette accumulation, par ce travail lent, long que l’artiste cherche une solution, un résultat à l’équation complexe qu’elle a démarré sur sa toile. S’y dit toute la beauté du monde, la difficulté à vivre, à être ici et maintenant, partie de cette humanité qui souvent souffre et parfois se réjouit. On ne manque pas les quelques dessins à la mine de plomb, d’une grand poésie.

Anne Desobry
Le Salon d’Art
Bruxelles

Paru en février 2013 dans L’Echo

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