Vibrations bienfaisantes

« Ma peinture ne sert aucune convention, mes décisions obéissent au constat d’automatismes perceptifs. A l’œuvre,  je ne réfléchis pas. J’assiste à l’avènement des phénomènes, je les anticipe, je visualise ou prévois. J’exécute sans émotions les résolutions ressenties. Je me libère du ressassement de la pensée. J’aime cette façon d’être, au présent. Ce plaisir transparaît sans doute dans ce que je fais. »

Voilà ce qu’écrit Georges Meurant, à propos du processus créatif et de son travail. Depuis 1986, il peint à l’huile, uniquement des petits rectangles selon une trame géométrique mystérieuse, sur des panneaux de bois au format carré dans lesquels l’œil se perd. Plongez-vous dans la contemplation tranquille d’un de ses tableaux – que vous pouvez accrocher dans le sens que vous voulez (sa signature, à l’arrière, est tracée en cercle, pour ne donner aucune directive d’accrochage.)

35065354La multitude de rectangles se déploient et explosent, dans un désordre apparent, une grille inégale, des couleurs subtiles qui s’associent, s’opposent et se répondent. Une énergie se transmet. On s’en nourrit. Les grands formats, sous leur aspect premier d’œuvres abstraites, sont des mondes  qui vibrent et racontent plusieurs émotions. Certaines surfaces rectilignes nous sautent aux yeux, d’autres se fondent dans l’ensemble. Que dit ce rose sanguin à côté d’un jaune soleil, tout contre une fine bande de brun, collée à un rectangle d’un bleu presque noir qui semble cligner comme un œil ? Ici, au centre, plusieurs petits carrés se répondent, avant de provoquer une vague vers la gauche, qui mène l’œil vers le coin supérieur du tableau et un rectangle de bleu apaisant. Les petits formats sont comme une phrase courte, un flash. Pourquoi celui-ci vous plaît-il plus que celui-là, qui lui ressemble, mais est totalement dissemblable par l’émotion que sa contemplation procure ? On sent le plaisir du « faire » du peintre, on sent aussi son absence de pensées, l’option de se laisser complètement prendre par la couleur qui se pose, sans sens. En s’approchant, on découvre que chaque petite surface a sa propre texture. L’une est poncée, voire griffée, l’autre est légèrement satinée. Une vibration, voire une lueur émerge du tableau. Didier Devillez, le galériste, nous propose, enthousiaste, de regarder le tableau posé dans la pénombre d’une arrière-salle. Pas de doute, une lumière bleutée, ou une onde s’en dégage. On le voit qui luit de par lui-même.

Chaque panneau procure une émotion dynamique, une houle de sensations qui semblent inusables. Le matin, à midi ou le soir, un chant différent d’en dégage. On le choisit au centimètre, puisque les prix de celui-ci est fixé à la taille. Petits ou grands formats, leur univers posés à l’huile et aux pigments naturels, avec une spatule qui parfois casse sous l’acharnement du peintre, ils sont à voir voire à emporter chez soi comme un coin de ciel. 

Georges Meurant
« Espace d’apparition »
Galerie Didier Devillez

Paru en 2010 dans L’Echo

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