D’abord, c’est l’histoire d’une belle rencontre entre la jeune styliste Hripsimé Afsarian et le peintre Marc Renard, lors d’un vernissage, en 2007. L’une crée des vêtements aux détails rebrodés, très exclusifs ; l’autre jette sur la toile de la couleur pure, en larges formes qui prêtent au rêve. Ils décident de travailler ensemble sur un concept qui mêle art et mode. De leur collaboration sont nés des vêtements, au départ des pièces uniques Haute couture. Puis des séries limitées en prêt-à-porter. La toile qui compose le vêtement est peinte par l’artiste, puis taillée et cousue par la créatrice, pour se transformer en veste, robe, œuvre d’art d’une modernité étonnante.

 

Le label Afsart naît en 2008. Aujourd’hui il est présenté à Bruxelles, Taiwan et, depuis novembre 2010, dans deux lieux à Pékin, dont le tout nouveau concept store För (dans l’esprit du fameux « Colette » à Paris), niché à deux pas de la Fondation Ullens, dans le très trendy art-district « 7-9-8 ». Retour sur une très jolie histoire pleine de talent et des débuts prometteurs.

Marc Renard est un peintre belge né en 1963. Son œuvre se déploie sur des toiles grand format. Il expose depuis 1983, entre autres à la Fondation Veranneman, à Kruishoutem, qui a exposé Arma, Soulages, Christo, Nikki de St Phalle, Vasarely… Chaque jour, le peintre se confronte avec la toile, la peinture comme matière, les couleurs comme émotions dans un déploiement de force et d’énergie : le jaune, le rouge, le bleu, tous primaires, explosent. D’une facture classique, son travail pictural prend un sens nouveau dans la collaboration avec la jeune styliste.

Hripsimé Afsarian, née en 1979 désire depuis toujours devenir créatrice de mode. Elle casse les pieds de toute la famille avec ce rêve. A savoir, ses parents et grands parents, tailleurs de profession, d’origine arménienne. C’est peu dire qu’elle montre une volonté farouche à concrétiser son rêve, se formant durant de nombreuses années : en secondaire à l’institut Bishoffsheim ; à l’Ephec en gestion d’entreprise ; à St Luc en stylisme et modélisme ; à l’académie royale d’Anvers en mode ; à l’Iselp en histoire de l’art. Dès la fin de ses études, elle travaille comme styliste pour la pub et le cinéma, créant des silhouettes et prêtant des pièces pour les tournages.

Suite à la rencontre en forme de « vrai coup de foudre professionnel » avec Marc Renard, explique Hripsimé Afsarian, ils réfléchissent ensemble à une manière de mélanger art et mode. Dès 2008, ils créent le label Afsart. Plusieurs vêtements en pièce unique voient le jour. Des vestes près du corps, dans une toile noire qui a été peinte par Marc Renard. Des chaussures garnies de taches de couleurs. En décembre 2009, ils exposent à la galerie Artemptation. Pour creuser leur concept et élargir la collection vers le Prêt-à-porter, ils font énormément de recherches autour de la technique d’impression sur tissu. L’idée étant de reprendre les tableaux de Renard, scannés, imprimés sur tissu et taillés pour mettre en valeur des zones de couleurs. Il faut une année et beaucoup de visites de salons internationaux spécialisés en impression numérique pour trouver le bon fournisseur, en Europe. Il s’agit d’arriver à rendre parfaitement les tons vifs et la texture des toiles peintes, mais aussi  de trouver une technique d’impression qui tient à l’usage et au nettoyage du vêtement.

Aujourd’hui, le duo en est à sa quatrième collection. Pour l’été 2011, les robes en soie éclatent de couleurs. La coupe des vêtements a pris de la maturité. Des colliers pièces uniques accompagnent l’ensemble. La collection est distribuée par la boutique Balthazar sur la prestigieuse avenue Louise, à Bruxelles.

Hripsimé Afsarian  déploie une énergie étonnante à développer son label, ainsi qu’un talent supplémentaire évident à prendre contact avec les bonnes personnes. Ainsi, elle participe à des séminaires organisés pour les créateurs de mode. Via ceux-ci, elle prend connaissance des aides financières accordées par Bruxelles Export. Elle sollicite et obtient une aide pour être présente sur le salon de mode Zip Zone, durant la Fashion Week d’octobre 2010, à Paris.

En parallèle, avec l’aide d’une amie chinoise d’origine mongole, Badema, installée à Bruxelles, elle entre en contact avec une société chinoise basée à Pékin. L’aventure hors Europe peut commencer. Badema utilise son précieux réseau familial et amical en Chine, pour promouvoir le label Afsart. Et ça marche !

Hripsimé Afsarian s’adresse encore une fois à Bruxelles-Export, pour préparer son voyage. Elle reçoit un subside pour l’impression d’un catalogue et un pré accord pour la prise en charge de 50% des frais de voyage et de séjour sur place. Fin octobre, elle part, accompagnée de sa sœur et de Badema, pour monter son exposition. Les robes sont transportées dans les valises de tout le monde. Les tableaux, envoyés par une société de transport, restent bloqués à la douane Belge. C’est le gros stress pré-vernissage. Moins de 24h avant l’événement, l’équipe du För décide de faire reproduire en grand format les œuvres originales qui n’arrivent pas Une clé USB plus tard, les copies sont livrées à la galerie, parfaitement imprimées et encadrées. Hrispsime Afsar parle encore de l’incroyable efficacité des chinois : « Ils sont super bosseurs, super pro et super organisés ! »

Le vernissage du 6 novembre 2010 a vu de nombreux people pékinois, l’attaché commercial et économique de l’Ambassade de Belgique. Plusieurs articles dans la presse locale, dont le Marie-Claire chinois. Toutes les pièces sont restées sur place. Un autre lieu a depuis décidé de présenter le label. Une histoire qui ressemble bien aux prémices d’un succès. Afsart sera-t elle comme de nombreux stylistes et designers belges : reconnue surtout hors de nos frontières ?

www.a-afsart.com

Paru dans L’Echo en 2010

 

A propos de l'auteur

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef et journaliste
"On écrit bien sur ce qu’on aime. J’aime admirer des œuvres. Chaque artiste ouvre sur notre humanité, notre universalité. Cela me touche à chaque fois. Plus j'en découvre, plus mon appétit pour l’art augmente et mon oeil s'exerce ... Plus je ressens l'art, plus je comprends l’humain."
Muriel de Crayencour est journaliste et plasticienne. Elle a rédigé des chroniques, critiques et reportages sur les arts visuels durant 5 ans dans L'Echo. Elle est journaliste culture pour M... Belgique Elle a créé le magazine Mu in the City en janvier 2014.

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