Do Not Open, c’est un espace d’exposition situé à deux pas de la place Van Meenen à Saint-Gilles. Une boîte blanche derrière une grande vitrine. Un intrigant et enthousiasmant projet pop-up de l’artiste et collectionneur Benjamin Boutin.

Celui-ci lance en 2011 une publication nommée Do Not Open. Il y publie ses collages construits à partir d’images issues des magazines d’art. Ainsi, il propose une mise en abîme ironique: From the artworld to the artworld. 1000 exemplaires du livret sont distribués dans les galeries de Londres, Paris et Berlin. Pour le deuxième numéro, ce Français installé à Bruxelles depuis 8 ans invite 20 artistes internationaux qu’il connaît par ses périgrinations de collectionneur.

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Le titre Do Not Open veut dire: attention, n’ouvrez pas! On est dans la critique ironique du monde de l’art. Toutes ces images produits par le monde de l’art, on peut en faire de l’art. Une mise en abîme qui semble sans fin. Début 2013, le concept est élargi à un projet in situ. Boutin loue pour une année un espace commercial dans la ville. Et il propose à des artistes d’y installer pour 6 semaines une oeuvre unique et magistrale, créée spécifiquement pour l’espace. On a ainsi démarré en février avec un cactus dansant de Robert Barta, dont nous avions déjà parlé dans ces pages. Les passants mais aussi les gens dans le tram ont l’attention happée par cet espace éclairé jour et nuit, qui donne à voir une oeuvre contemporaine, joyeuse, étrange.

Aujourd’hui, c’est une installation de Renaud Regnery qu’on peut y voir. Cet artiste français né à Epinal en 1976 vit et travaille entre New York et Berlin. Il puise la matière première de ses oeuvres dans des éléments trouvés issus de la production industrielle. Ainsi des papiers peints, des imitations de métal, des panneaux de bambou. S’appropriant ces matériaux, il en recouvre ses toiles. Ensuite, il les altère en les ponçant, les salissant, les brûlant, puis en les recouvrant partiellement de peinture. Ce faisant, il les imprègne d’une histoire qui se raconte à travers la matière obtenue, les reliefs, les accidents, les coulées. De cette dégradation naît une nouvelle image.  Pour Do Not Open, il est parti d’une photo prise à New York d’une palissade formée d’un tressage de lamelles de métal, qui, étrangement, évoque le bambou. Cette photo, retravaillée, a été posée sur la vitrine de l’espace. Masquant, fermant mais donnant aussi à voir Do Not Open – l’espace restant allumé toute la nuit, on obtient un effet de caisson lumineux – , l’oeuvre propose une résolution des questions portant sur le dedans-dehors, le cacher-montrer.

Benjamin Boutin poursuit, “Il s’agit d’un projet non mercantile. En tant que collectionneur, je me suis dit que au lieu d’acheter des oeuvres, j’allais financer la production et l’exposition d’oeuvres in situ. Cela me permettrait de me rapprocher des artistes, de les rencontrer, de pénétrer dans leur monde bien plus qu’en passant par un simple acte d’achat d’oeuvre.”

Mise en place dans son ensemble dès le début, la programmation de cet espace pop-up dure jusqu’à la fin de cette année. Le pop-up renaîtra de ses cendres dans un autre lieu, l’année prochaine. Benjamin Boutin a lui-même financé ce projet, pour un budget total de 13000 € comprenant la production des oeuvres et la location de l’espace. Un prix relativement peu élevé quand on voit le prix d’une oeuvre d’un artiste aujourd’hui. Ce geste de mécène lui a permis d’entrer de plain pied dans l’oeuvre de 5 artistes. Mais lui a aussi donné une visibilité et une respectabilité dans le monde de l’art bruxellois. Des galeristes tels que Baronian, des artistes et des collectionneurs sont venus voir. “Il s’est passé un truc.”, dit-il.

DO NOT OPEN
Bruxelles
www.donotopen.org

Paru en novembre 2013 dans L’Echo

 

A propos de l'auteur

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef et journaliste
"On écrit bien sur ce qu’on aime. J’aime admirer des œuvres. Chaque artiste ouvre sur notre humanité, notre universalité. Cela me touche à chaque fois. Plus j'en découvre, plus mon appétit pour l’art augmente et mon oeil s'exerce ... Plus je ressens l'art, plus je comprends l’humain."
Muriel de Crayencour est journaliste et plasticienne. Elle a rédigé des chroniques, critiques et reportages sur les arts visuels durant 5 ans dans L'Echo. Elle est journaliste culture pour M... Belgique Elle a créé le magazine Mu in the City en janvier 2014.

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