La fondation Verbeke est un lieu surprenant, à quelques kilomètres d’Anvers. Installée sur un vaste terrain, ce lieu privé a vu la jour grâce à la passion pour l’art de Geert verbeke et de son épouse. Un projet un peu fou, voire surréaliste, à visiter sans attendre.

Longez la  voie rapide qui mène d’Anvers à Hulst. Voici une large entrée entourées de grues et de containers. C’est le centre d’art privé créé de toutes pièces il y a 6 ans par Geert Verbeke et son épouse.

A l’avant, on entre dans les anciens entrepôts en traversant un container. A l’entrée, on pointe les modules sphériques en briques maconnées de Maarten Vanden Eynde qu’on avait vus à l’entrée d’Art Brussels en avril. Ici, les rampes d’accès de camions ont été transformées en bassins pour les poissons, et le vaste bâtiment principal en exceptionnel lieu d’exposition, prolongé sur toute sa longueur par un bar-restaurant-salle de fête. Sur la droite du terrain, de nombreuses serres, dont l’une contient encore plusieurs pièces d’outillages. Les autres accueillent des oeuvres monumentales et majestueuses, dont certaines sont constituées de poulailliers.

Sur le terrain arrière rendu à la nature, un étang a été creusé. Depuis il a été colonisé par les oiseaux, les roseaux et des cignes noirs. Le long de l’étang, les genets sont en fleurs. On parcourt le terrain le long des allées d’herbes tondues, seule concession à la domestication de la nature. Geert Verbeke expliqeu: “Ici, c’était un champ de maïs, aujourd’hui, on laisse la nature faire ce qu’elle veut. Là, les camions débarquaient leur chargements”. Tout le long de la balade, de nombreuses oeuvres monumentales ont pris place, entre les arbres, après un petit pont ou derrière les hautes herbes. Un dôme de lattes de bois, un troupeau de chevaux en glaise, un estomac géant, une sculpture en branches de saules, …

Changer de vie à 50 ans

En 2003, Geert Verbeke vend sa société de transport et d’entreposage. Il conserve une site de 12 hectares et les 20.000 M2 d’entrepôt qui s’y trouvent, à quelques km de d’Anvers. Un saut dans l’espace pour cet homme qui choisit de changer radicalement de vie. Car Geert Verbeke a une double vie et cela depuis 25 ans. Collectionneur passionné, dès son travail achevé, il court les galeries et les salles de vente pour y cueillir des collages et des assemblages d’artistes belges. Aujourd’hui, sa magnifique collection contient plus de 3000 oeuvres de 1916 à nos jours, d’artistes de l’avant-garde, surréalistes, etc… De Charles Baugniet à Kandinsky, de Marcel Mariën à André Stas, en passant Jacques Charlier, Jan Fabre, Alechinsky.

Tous ces artistes ont pratiqué le collage ou l’assemblage – en 3 dimensions.  “C’est important d’avoir un thème pour une collection, ça permet qu’elle soit cohérente.”explique Geert Verbeke. “Ce que j’aime avec les collages c’est que ce sont des compositions à partir d’éléments qui viennent d’ailleurs. Qui n’ont rien à voir entre eux et qui créent ensemble une nouvelle signification. C’est un peu comme ma vie”, ajoute t-il en souriant.

Un lieu né par passion

Cela fait déjà 6 années que la fondation est ouverte 4 jours par semaine au public. “Nous avons tout fait nous-même, cela a pris 3 ans” explique Geert Verbeke. “L’art a toujours été pour moi un lieu de repos, de détente après le stress de la semaine, les délais à respecter et les contraintes du métier de transporteur. A 50 ans, j’ai eu envie d’en faire quelque chose. C’est pourquoi j’ai crée avec mon épouse ce centre d’art. Nous nous finançons seuls, je ne veux pas demander de subsides. Nous recevons plus de 20.000 visiteurs par an, dont beaucoup de Hollandais et la plupart en été. Nous accueillons aussi des groupes pour des animations de type team-building, sur plusieurs jours.Nous sommes trois à travailler ici. Mon épouse et moi, plus un homme à tout faire. »

Les oeuvres monumentales

Pour la plupart créées sur place par des artistes amis ou invités en résidence, les sculptures monumentales sont aujourd’hui près de 50 à avoir essaimé sur le terrain. Tout à commencé il y a 10 ans quand un artiste demande à Verbeke de transporter ses oeuvres vers les lieux d’exposition. Bientôt, ils s’accordent pour que les pièces restent entreposées sur le terrain de l’entreprise Verbeke, par facilité et par agrément.

“Ici, c’est une combinaison de nature et d’art. Ca me plait. La pluoart du temps, on sort les oeuvres de leur contexte et on les installent entre 4 murs blancs. Ici les oeuvres vivent leur vie dans la nature.”, dit encore Geert Verbeke.

En échange de leur séjour , les artistes en résidence pour quelques semaines ou une année y ont laissé une oeuvre. Verbeke fournit le gîte, le couvert, un soutien technique, les matériaux et l’outillage. Ainsi le Hollandais Jason Van Der Woude a réaliser ici une immense maison de verre, son travail de fin d’études pour l’Académie de Breda. Joep Van Linthout à construit un estomac géant, CasAnus, dans lequel on peut loger. Et Kevin Van Braak un Camping Flat, aussi utilisé comme chambre d’hôtes.

Expositions

Les collaborations amicales sont nombreuses entre les artistes et Verbeke. Pour une immense oeuvre en pierre noire de Jan fabre, Verbeeke a proposé à l’artiste les 1300 pierres tombales récupérées chez un client qui avait fait faillite. Fabre a fait trois versions de la même oeuvre, dont une a voyagé jusqu’à la Biennale de Venise. L’installation comprend 80 pierres tombales gravées de dates de naissance et de mort d’artistes, écrivains et philosophes.

Dans le bâtiment principal, une exposition temporaire est organisée tous les 6 mois. Aujourd’hui, c’est le lien entre art et nature qui y est explicité.

Sven Fritz a trouvé dans le ventre d’un oiseau 1088 minuscules cailloux. Grâce à la fondation, il a pu les photographier, et en présenter 1088 photos en gros plan. Une merveille de poésie.

On point les structures en plâtre de Jef Faes, remplies de cire en quelques semaines par les abeilles. Ainsi qu’un immense jupon tournant et virvoltant, accroché au plafond, du tout jeune artiste Fiegl qu’on avait pu décourvir à la fondation Boghossian. On trouve aussi quelques ruches sur les terrains de la fondation. On peut donc acheter à la sortie du miel d’abeilles nourries à l’art contemporain. Un must!

Tout ça pour ça

Ce qui me plaît”, conclut Geert Verbeke, “ce n’est pas de posséder toutes les oeuvres mais aussi le parcours de leur découverte, quels artistes, marchands, galeristes j’ai rencontré avant d’aimer une poeuvre et de l’acquérir. C’est une passion. Ici on travaille beaucoup mais j’ai toujours beaucoup travailler et j’aima ça. Ici c’est un endroit surréaliste. D’ailleurs, j’aime me décrire comme un anarchiste-surréaliste–dadaïste. » Vous voilà prévenu.

“Sponsored by Nature”
Verbeke Foundation
Westakker
www.verbekefoundation.com

A propos de l'auteur

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef et journaliste
"On écrit bien sur ce qu’on aime. J’aime admirer des œuvres. Chaque artiste ouvre sur notre humanité, notre universalité. Cela me touche à chaque fois. Plus j'en découvre, plus mon appétit pour l’art augmente et mon oeil s'exerce ... Plus je ressens l'art, plus je comprends l’humain."
Muriel de Crayencour est journaliste et plasticienne. Elle a rédigé des chroniques, critiques et reportages sur les arts visuels durant 5 ans dans L'Echo. Elle est journaliste culture pour M... Belgique Elle a créé le magazine Mu in the City en janvier 2014.

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