Un cosmologue écossais – Deux jeunes femmes

Guest Room, c’est cet espace unique, cubique et lumineux, visible de la rue : trois murs, une grande vitrine, de la lumière jusqu’à minuit. L’excellente sélection, à la fois pointue et accessible, d’Olivia Delwart et Nicolas Lemmens, donne à voir aujourd’hui un jubilatoire artiste écossais.

artwork_images_424876882_703109_graeme-toddGraeme Todd pratique la peinture comme un Primitif Flamand. Chaque tableau sur panneau de contreplaqué est une succession presque sans fin de couches de peinture, d’encre et de vernis. Le panneau placé sur une table, Graeme Todd y pose des fonds fondants et crémeux, puis un vernis. Il y trace ensuite des réseaux de taches, de coulées, puis un vernis. Ensuite, un quadrillage comme une dentelle, un ensemble de traits, puis un vernis. Puis encore, des lignes, des petites surfaces pleines, des suites de points comme un collier de perle… et un vernis. De ces multiples couches créées en un temps long, résulte une profondeur, une intensité… un univers se donne à découvrir. On a l’impression que l’on pourrait entrer dans la peinture, passer derrière telle masse de couleur, creuser plus loin derrière un enchevêtrement de fines lignes, comme dans une forêt, un pays inconnu ou un lac aux eaux sombres. Au loin, on imagine les paysages bleutés ; tout près, on voit l’épaisseur d’une tache de peinture, comment elle s’attache à la surface. C’est mystérieux, savant, profond. Une cosmologie étrange et ambiguë, à voir sur seulement quelques toiles arrachées par les galeristes à cet artiste qui produit très lentement. Passionnant.

Graeme Todd
Guest Room
Bruxelles

Deux jeunes femmes

Après un peu plus d’une année d’existence, la galerie Arielle d’Hauterives continue son petit bonhomme de chemin, toujours en présentant uniquement des femmes artistes. Des femmes artistes qui peignent, sculptent, photographient, gravent… s’exprimant ainsi sur leur place dans le monde.

La sélection est assez éclectique et le niveau n’est pas toujours excellent mais la ligne de conduite de la galerie s’affine. A voir à partir du 5 janvier, deux jeunes photographes issues de La Cambre, Mélanie Peduzzi et Lena Laurent-Perrin, dont le travail est intrigant.

Mélanie Peduzzi, née en 1989 à Saint Brieuc (France), met son propre corps en scène. Il s’agit d’assumer et d’imposer ce corps qui ne correspond pas aux archétypes féminins actuels. Elle pose, nue, en autoportraits intimes, ou, mis en scène dans l’espace public. Ainsi, comme un « Déjeuner sur l’herbe » contemporain, elle se pose, nue, la nuit, sur une rambarde de pierre, en plein centre ville. Une audace étonnante dans laquelle il n’y a plus de pudeur ni d’impudeur, mais une proposition désincarnée, un cri puissant, un « J’existe ! » intense.

Léna Laurent-Perrin travaille comme photo reporter, souvent militante, entre autres pour Médecins du monde. Elle ne cherche pas l’objectivité – impossible – mais la franchise envers le sujet et le spectateur : l’image est fidèle à la réalité, crue, sans artifices, souvent dure : prostituées, usines et raffineries, Roms, migrants… Dans sa démarche artistique, en revanche, la photographe se permet l’ironie, le jeu avec l’émotion… S’y donne à voir d’étranges corps de jeunes filles, des portraits d’hommes graciles et fragiles…

Mélanie Peduzzi – Mélanie Peduzzi.
Galerie Arielle d’Hauterives
Bruxelles

Paru en 2011 dans L’Echo

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