Toute une vie de sculpture

Dans le parc de Laeken, en 1907, on fait construire un atelier s’ouvrant sur les quatre côtés sur de grandes baies, à l’intention du peintre Franz Courtens, pour lui permettre de peindre en toute saison les magnifiques frondaisons, le grand étang et les prairies avoisinantes. Le peintre possède les clés de la grille du parc et peut y venir à son gré. La relation d’amitié que Franz entretient avec la famille royale se perpétue avec son fils Alfred, sculpteur. Il reçoit de nombreuses commandes royales ou publiques d’œuvres représentant les membres de la famille royale.

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La statue équestre d’Albert 1er au Mont des Arts, le monument Léopold II à Ostende – faisant face à la mer, la statue équestre de Léopold III à Courtrai… mais aussi de nombreux bustes de trois générations de roi, d’Albert 1er à Baudouin, des médailles… Alfred Courtens est un artiste de cour, son travail est apprécié des souverains et il bénéficie de leur mécénat.

Né en 1889, Alfred Courtens étudie la sculpture avec Charles Van der Stappen à l’Académie de Bruxelles et avec Thomas Vinçotte aux Beaux-Arts d’Anvers. A 25 ans, il sculpte « Le Caprice », représentant une jeune fille vive et joyeuse qui chevauche une chèvre et tente de garder l’équilibre. Cette sculpture audacieuse est une pièce maîtresse de la carrière de l’artiste. Elle se trouve encore dans l’espace public, rue du Gruyer à Boisfort. Car derrière cet artiste officiel, capable de bâtir des silhouettes structurées et puissantes destinées à des monuments, il y a un artiste sensible et profond, méconnu dans l’histoire de l’art belge.

L’exposition à voir aujourd’hui au musée d’Ixelles met en lumière ce talent discret qui officia au début du 20ème s, en une voie classique et intime, éloignée des différentes grands courants qui traversent la sculpture de cette époque. Comme Constantin Meunier, il aborde le réalisme, mais touche aussi parfois au Symbolisme et à l’Art Nouveau. Moins audacieux que Rik Wouters, ses figures sont intemporelles, figuratives.

En dehors des commandes qu’il reçoit, il explore le champ de l’intimité, représentant son épouse, Jeanne, et ses enfants. Jeanne nue accroupie, ou allaitant, ou penchée sur un enfant. Cet univers, touchant et plein de délicatesse, déploie aussi les bustes de chacun de ses 6 enfants, dont un délicieux petit Stany Courtens en marbre blanc, dont la suavité, la grâce et la pose sur le vif font merveille. Dans l’exposition, on savoure aussi les croquis préparatoires et portraits à la sanguine, tous capturés dans l’intimité d’une famille de 6 enfants.

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La scénographie de l’exposition met en avant cette partie méconnue des œuvres de l’artiste, restée jusqu’à aujourd’hui uniquement sous l’œil de l’entourage familial. Dans la petite salle qui suit, le propos est axé sur la statuaire officielle, pour les souverains et pour les monuments. On y apprend que Alfred Courtens a réalise la figure allégorique de la Métallurgie pour la façade du Grand Palais de parc des Expositions du Heysel. Ainsi que la figure de « l’étudiante », sur la façade de la bibliothèque de l’Albertine à Bruxelles.

On pointe un « Petit faune » de marbre, inspiré par Carpeaux, un charmant groupe de trois personnages, « La famille », un très vif et coquin tout jeune garçon empoignant deux canards, « Stany et les canards », ainsi qu’un étrange buste de Baudouin 1er entièrement fait de larges pièces d’ivoire. Une belle découverte.

Alfred Courtens
Musée d’Ixelles
Bruxelles

Paru en 2012 dans L’Echo

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