Tout ce qui brille – Bas les masques !

Tout ce qui brille

Maniant les codes et les objets fétiches de l’univers de la mode et du luxe, Antoine Bouillot en présente sa vision pleine d’humour et de réflexion. A la fois ode et critique, son travail interroge la vanité sans failles des peuplades branchées et nourries aux grandes marques, leur quête du paraître et leur ego supporté par ce qu’ils portent.

11Autodidacte, Antoine Bouillot commence à travailler dès 16 ans dans le monde de la mode à Paris. Scénographe pour des défilés, directeur artistique pour des grandes marques de luxe en mode et cosmétique, il travaille notamment avec Lanvin, Jean-Charles de Castelbajac… Il réalise des films publicitaires et des clips vidéos.

Avec son travail d’artiste, il ose cracher dans la soupe avec franchise et beaucoup de drôlerie. Ici, un carré Hermes, délavé et découpé au laser, chevauche un autre foulard avec le même motif. Sur le mur, sous l’œuvre, des coulures de peinture, comme si le foulard avait perdu ses couleurs. Là, un âne sanglé de cuir porte sur le dos des branchages dorés dont l’extrémité laisse pendre un attrape-mouches en strass et quelques papillons. C’est une vision de la carotte et de l’âne, version grand luxe.

« The most powerfull position is on your knees » : deux mains sortent du mur, habillées de manches d’aube de prêtre. Elles tiennent une hostie sur laquelle est imprimée en or une marque de luxe. Cette œuvre, puissante, frontale, illustre la démarche de l’artiste : le luxe, comme une religion, devient un alibi pour inviter le spectateur à s’interroger sa relation compulsive à la mode mais aussi à l’art.

 Antoine Bouillot
A.L.I.C.E. Gallery
Bruxelles

Bas les masques !

Charlotte Beaudry, que l’on a pu admirer au Wiels il y a quelques mois, déploie chez Aliceday quelques remarquables grands formats. De simples masques de carnaval servent de base à son travail. Représentés en très grands, vus de l’arrière, – en creux, donc – , ils semblent d’étranges totems, aux yeux vides et à l’allure fantasmagorique. On comprend tout de suite de quel objet il s’agit, mais sa représentation hors format en fait autre chose, une sorte de divinité mystérieuse et inquiétante.

cb_11_masque_jaune_280x210cmUn grand format sur papier représentant l’arrière d’un masque de chouette mêle crayon, encre délavée et acrylique. La matière est travaillée avec puissance, en larges traits noirs et gris. Deux grandes toiles non tendues, l’une avec l’arrière d’un masque d’aigle, l’autre avec celui d’un canard. Ils ont perdu depuis longtemps leur innocence et la gaieté de l’enfance. Ils trônent, imperturbables, le vide de leur représentation en creux nous fixant durement.

Charlotte Beaudry s’attache à développer un jeu de perspective, de niveaux de lecture, qui brouillent les pistes. Elle parle ici du visage, masqué, caché. De l’identité, qui serait floutée. Mais aussi d’une part intérieure, occultée, monde psychique plein de peurs et de rêves. Sous le masque, on se cache, on se dissimule, on se protège, on s’illusionne. Derrière le masque, c’est comme si tout était à nu, à vif… se dégage une étrangeté et une inquiétude.

Charlotte Beaudry
Aliceday
Bruxelles

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