Tailleur africain

Artiste plasticien, calligraphe et illustrateur, Musa (1951) est un des artistes africains contemporains les plus importants. Né au Soudan, il vit et enseigne dans le sud de la France depuis 1970. Il a étudié les Beaux-Arts à Khartoum et est l’auteur d’une thèse de doctorat en Histoire de l’Art. Il a été exposé au Centre Pompidou à l’occasion d’Africa Remix, à la Biennale de Venise, mais aussi à Smithsonian (Washington) ou au New Museum for African Arts de New York. Il est aussi l’auteur-illustrateur d’une vingtaine de livres pour enfants.3441753_6_450f_the-supermarket-houri-2011-assemblage-de_ed3ec7494bce1fc5cc11030bd630db18C’est son deuxième solo show chez Pascal Polar. Le textile est son matériau de prédilection. Musa réalise de grands patchworks formés de multiples morceaux de tissus unis ou imprimés, assemblés pour former des bannières qu’il repeint ou calligraphie ou couvre de traits au point de zig-zag de sa machine à coudre. Ainsi des morceaux de damassés dorés ou argentés seront placés sur un morceau de corps qui en est comme éclairé. Des voilages de différentes couleurs sont superposés, pour créer de nouveaux tons. Clairement, l’artiste joue du tissu comme il jouerait de pinceaux et de peinture, avec une habilité de tailleur africain.

De par sa situation géographique, le Soudan se trouve au croisement de l’Occident, de l’Orient et de l’Afrique. On peut dire que Musa intègre ces trois influences dans sa pratique artistique. Amoureux de l’Histoire de l’art occidental, calligraphe reconnu  au Moyen Orient, son travail approche la civilisation occidentale comme matière et comme sujet en se référant à son iconographie, questionnant les relations Nord-Sud et le dialogue entre les cultures. Toujours connecté à l’actualité contemporaine, son travail exprime son identité multiple, comme par exemple cet autre artiste africain, Shonibaré, qu’on a pu découvrir au Nouveau Musée National de Monaco.

Chez Polar, il réinterprète avec humour des tableaux issus de l’Histoire de l’art occidental : Les glaneuses de Millet se penchent toujours dans un mouvement très reconnaissable à notre œil européen, mais au lieu de ramasser quelques grains perdus, elles portent un pot de peinture et tracent quelque chose sur le sol. L’Odalisque brune de Boucher revue par Musa présente encore les chairs nacrées de ses fesses (voilages, damassé doré) et la courbe gracieuse de son dos, mais l’artiste y a mis la tête d’Oussama Ben Laden, elle même reconnaissable par nos yeux sevrés d’images d’actualité.

La mort de Marat, de David, devient le prétexte à représenter Ben Laden, un iPhone à la main, pour I love you my Iphone. La lutte de Jacob avec l’ange, de Delacroix, devient The Good Game III. S’y battent deux silhouettes représentées avec jubilation par une superposition de voilages, piqués et repiqués de longues coutures au point zig-zag de couleurs différentes. Un humour non dénué de sarcasme et de sens de la dérision parsème les travaux plein de sens de Musa. On pointe un somptueux tigre qui interroge la « tigritude », enfouit et émergeant d’un entrelacs de tissus.  Puissant et rafraîchissant.

Galerie Pascal Polar
Bruxelles

Paru en mars 2013 dans L’Echo

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