Installé dans la grande salle aux cuves, « Valerie’s Snack Bar » est un snack où vous pouvez savourer une tasse de thé. Cette reconstruction de l’artiste Jeremy Deller est une trace du défilé qu’il a organisé pour le festival international de Manchester en 2009. « Il faut que ce soit un peu comme la vie en Grande-Bretagne », explique-t il, « ennuyeux, drôle, un peu confus. »

Ce « surréalisme social », terme qu’il l’a inventé, se retrouve au premier étage, là où s’ouvre l’exposition foisonnante et réjouissante de son travail. Sous des airs de provocations potaches d’étudiant, Deller y déploie son regard critique, acerbe et espiègle, avec une intelligence précise et provocatrice.

Né à Londres en 1966, Deller a étudié l’histoire de l’art (et non pas l’art !). En 1986, il rencontre Andy Warhol et séjourne deux semaines à la Factory. Il commence à créer à la fin des années 80, souvent des interventions fugaces et subversives dans le quotidien. Il produit des affiches et des t-shirts. En 1993, à une époque où la plupart des jeunes artistes britanniques montent leur première exposition dans un vaste espace industriel, Jeremy Deller organise subrepticement sa première exposition dans la maison familiale, en l’absence de ses parents partis en vacances. Ce début discret esquisse les éléments fondamentaux du travail de l’artiste. Intitulée « Open Bedroom », jouant sur leconcept d’atelier ouvert, l’exposition se déploie dans plusieurs pièces de la maison… comme une vaste rumination narquoise et ironique de la culture et de la société britanniques, ainsi que de sa classe moyenne.

url18Cette posture se retrouve dans l’exposition à voir aujourd’hui au Wiels. L’impression, dès l’entrée, est d’y être au milieu même de cette société qu’on connaît, et à laquelle on appartient. Deller crée des liens inattendus entre diverses zones de l’histoire et de la culture. On s’y retrouve, dans ce traitement décalé des rituels et de l’identité des fans – des sujets qu’il n’a cessé d’explorer dans différentes œuvres. On pointe la mise en scène de la bataille d’Orgreave, rassemblant presque mille personnes pour la reconstruction publique de la violente confrontation entre mineurs et policiers lors de la grève des mineurs en 1984-85. Un archivage qui rappelle le travail de Francis Alÿs. Et « Exodus », un film en 3D avec des millions de chauves-souris, d’une beauté à couper le souffle.

Deller s’est taillé, ces 20 dernières années, une place unique, en première ligne d’une génération d’artistes qui interviennent dans l’espace public et collaborent avec des citoyens lambda. Une découverte réjouissante.

Aux deux étages suivants, « Un-Scene II » présente le travail de 12 jeunes artistes belges ou travaillant en Belgique. Au travers des langages singuliers et des pratiques spécifiques de ces artistes, se dessine le paysage de la production artistique belge actuelle. On pointe les œuvres de Dorota Jurczak, dont les personnages, mi-humains, mi-animaux, comme émergeant d’un rêve étrange, rappellent ceux du collectif Hell’o Monsters. Et le film abécédaire d’Eléonore Saintagnan.

 Jeremy Deller
Joy in People
Et
Un-Scene II
Wiels
Bruxelles

Paru en 2012 dans L’Echo

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