Zéphir Busine (1916 – 1976) est un artiste hainuyer dont la pratique de peintre donne à voir une déconstruction et une libération du style au cours de sa carrière. Pratiquant autant la peinture que les arts décoratifs, Zéphir Busine participe au Prix de la jeune peinture Belge dans les années 50. Il rencontre Jo Delahaut et Gustave Camus. En 58, il est sollicité pour la décoration des pavillons belges de l’Exposition Universelle. Il participera à la fondation du collectif d’artistes “Hainaut 5”. Il réalise par ailleurs des vitraux, de la dinanderie, de l’orfèvrerire et de la sculpture. Chez Group 2, on peut découvrir la palette sur une trentaine d’années de ce peintre et…  père de Laurent Busine qui préside à la destinée du Mac’s, au Grand Hornu, depuis plus de 10 ans.

Dans les années 50, Zéphir Busine rend compte des paysages industriels de sa région, dans des compositions très structurées, où les objets, bâtiments, détails du paysage sont des prétextes à tracer des horizontales et les verticales qui quadrillent la toile. Dans cet entrelac puissant, Busine ajoute la couleur en aplat, soit pour montrer les voiles de quelques bateaux, soit pour dire une matière, un mur. Les couleurs sont sourdes – bleu sombre, terre de Sienne, gris souris- , choisies pour passer en deuxième lieu après la compostion. Dans l’exposition sur la nature morte organisée ici précédemment, on a pu voir une “Nature morte aux poissons” de Busine, qui n’hésite pas à jouer des traits de chaque objet représenté comme d’un jeu de construction: un équilibre naît, linéaire, puissant.

Fin des années 60, l’oeuvre devient plus informelle. L’artiste rompt avec les constructions statiques pour une pratique délayée de la gouache et de l’huile. Il faut peut être porter le nom d’un vent de l’ouest pour aborder enfin, à la cinquantaine, une peinture abstraite déliée de toute structure, faite uniquement d’un geste souple et puissant. C’est bien ce que fait Zéphir Busine à partir de 1966. Il élabore quelque chose de complètement nouveau. Sur de grands formats qui peuvent accueillir sans frein toute l’ampleur de son geste, il trace des traits ronds et souples, proches de la calligraphie japonaise. La matière ultra délayée de la couleur se pose en transparence, et coule. Des bleus vifs, des oranges puissants. Il s’agit pour Busine de fixer l’imprédictibilité. Ou plutôt de lâcher toute maîtrise: l’oeuvre naîtra du geste vif et des éclats que fera la peinture au moment de l’impact sur la toile. Ce n’est plus le poignet, mais bien tout le bras, et tout le corps, qui participe, en une danse, à la création de l’oeuvre. Et bien, dansez, maintenant!

Zéphir Busine
Group 2 Gallery
Bruxelles

Paru en avril 2013 dans L’Echo

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