Show devant !

Deux petits Messieurs en costume de cashmere, cravate assortie à motifs discrètement trash, chaussettes et chaussures itou. Avec leur look d’anglais classique (qui est en fait le code vestimentaire des artistes Pop des années 60), on peut dire qu’ils donnent bien le change. Gilbert et George, le couple le plus durable de l’art  contemporain propose à Bozar une exceptionnelle exposition de 153 œuvres.

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La mise en espace dans les salles dessinées par Horta, réalisée par les artistes eux-mêmes, d’abord sur maquette, aligne les œuvres les unes à côté des autres, dans un amoncellement étudié qui accentue l’impression terrible, violente, schizophrénique, qui s’en dégage.

Gilbert & George ont décidé en 1968 de devenir mondialement connus. Issus de la culture Pop, ils surfent, avec Andy Warhol, sur le mélange explosif de l’art et du star-system. Durant les 5 premières années de leur travail, ils inscrivent leur numéro de téléphone sur leurs photos (Sans succès, d’ailleurs).  Se mettant en scène dans des images monumentales – assemblages de photos – depuis cette époque, ils sont devenus un collectif artistique unique, « deux personnes mais un seul artiste », expliquent-ils. Au début, Gilbert & George ne travaillent que le noir et blanc. Depuis 1982, ils produisent des images en couleurs. Dès 2000, ils ont recours aux technologies numériques. L’heure est aux immenses photos qui semblent encercler le spectateur, pour un impact émotionnel maximal. Leurs images, immédiatement reconnaissables, sont connues et achetées par les collectionneurs belges depuis le début. Elles ont été exposées à Bruxelles en 1973, à l’occasion d’Europalia Grande-Bretagne et en 1986 au Palais des Beaux-Arts.

Le fil rouge de l’exposition Jack Freak Pictures, c’est l’Union Jack, le drapeau britannique. Dépassant les icônes et l’absurde, Gilbert & George donnent libre cours à leur propre interprétation de ce thème : identité nationale, violence des conservatismes, absurdité du quotidien… D’autres motifs, tels que des médailles, des amulettes, des arbres et des feuillages, des briques, un plan de l’East London, la rue, les artistes eux-mêmes, se répètent sans cesse dans des compositions cérémoniales, d’une grande puissance, dérangeantes.  On sent, derrière les images aux couleurs primaires, le message d’un gémissement sourd. Gilbert & George captent et recrachent avec beaucoup de talent leur vision apocalyptique du monde.

imgres-1Les deux artistes qui se laissent d’ailleurs approcher avec beaucoup de bonhomie, expliquent qu’ils créent ensemble depuis 40 ans, mais sans se parler. Ils laissent ainsi émerger une atmosphère qu’ils captent du monde extérieur. « Nous avons tous des parts d’ombre, plusieurs couches. L’artiste est là pour regarder au plus profond de nos cerveaux, pour y débusquer la schizophrénie. Nous parlons de la douleur, des complications, de l’enfance. Mais nous sommes optimistes, nous n’avons pas peur du futur. »

Il faut donc aller s’immerger dans cette exposition et se laisser submerger par la violence de leurs évocations, sans craindre autre chose qu’un inquiétant choc visuel et beaucoup de plaisir.

Gilbert & George
Jack Freak Pictures
BOZAR
Bruxelles
www.bozar.be

Paru dans L’Echo en 2010

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