Résidence cherche artistes. Faire demande par dossier

On le sait peu, mais le Wiels accueille depuis 5 ans des artistes en résidence et leur offre 9 ateliers dans lesquels ils peuvent développer leur pratique, mais aussi échanger avec d’autres plasticiens et découvrir la réalité de l’art contemporain tel qu’il est à Bruxelles. Une première exposition du travail des résidents s’est ouverte en juin dans l’immense bâtiment industriel.

Les résidences d’artistes existent depuis longtemps. L’exemple par excellence, c’est bien sûr la Villa Médicis, qui accueille depuis 1803 l’Académie de France à Rome. On trouve de très nombreuses résidences pour les écrivains, les danseurs ou les musiciens mais peu pour les plasticiens. La pratique s’est considérablement développée dans les années 1960. « La résidence », explique Dirk Snauwaert, directeur du Wiels, « c’est l’esprit du grand tour que les artistes faisaient en allant vers Rome découvrir d’autres styles, d’autres techniques. L’idée de quelqu’un qui vient d’ailleurs et qui va pratiquer une technique d’ici est importante aussi », poursuit-il.

Le Wiels accueille depuis 5 ans une douzaine d’artistes par an. Et vient d’ouvrir une première exposition de travaux de ses résidents, sélectionnés dans le cheptel des 60 plasticiens accueillis durant les 5 premières années. Dans les vastes espaces du centre d’art, c’est neuf artistes ou collectif d’artistes qui présentent le résultat de leur séjour dans l’ancienne brasserie.

Les pièces présentées sont très diverses mais dégagent toutes une intense poésie. On pointe les dessins à la mine de plomb et le livre aux pages volantes d’Aleksandra Chaushova. L’ensemble de toiles abstraites de Svenja Deininger. Le très délicat travail sur les objets trouvés de Laurent Dupont-Garitte. Et les céramiques vernissées de Wobbe Micha. Theo Cowley pratique le dessin et la vidéo. Jana Euler présente une immense sculpture représentant le monde regardant l’art. Maartje Fliervoet pratique la photographie mais se concentre sur les effets de la lumière en argentique. Et Martin Laborde s’interroge sur son identité en répétant des moulages de morceaux de son corps. Il y a aussi le collectif Hotel Charleroi, qui a utilisé les espaces du Wiels comme support à sa recherche militante.

Une résidence au Wiels

C’est en juillet 2008 que tout a commencé. En offrant à des artistes neuf ateliers à l’arrière du bâtiment, ainsi qu’une bourse de production de 1000 €, le Wiels a enclenché un projet qu’il porte à bout de bras et presque tout seul. « Bruxelles est devenu un point de chute pour beaucoup de jeunes artistes, » raconte Dirk Snauwaert. « Les logements sont faciles à obtenir et restent bons marché, contrairement à Londres ou Paris et même Berlin. Bruxelles est aussi très internationale, il est possible de s’y débrouiller en parlant juste l’anglais. En 2008, nous avons reçu 150 dossiers de candidature et cette année, 375. Nous sélectionnons toujours quatre Belges sur l’année ainsi qu’un Hollandais et un Norvégien, car nous avons des accords avec ces deux pays, qui fournissent un logement à leur ressortissant artiste. Nous avons aussi deux mécènes privés, des collectionneurs, qui mettent à disposition un studio pour loger d’autres artistes. Mais il nous est arrivé d’installer un lit sur la mezzanine de l’un des ateliers. Budgétairement, il faut compter 15.000 € par an pour soutenir un artist (atelier et logement). »

Les résidences est coordonné par Devrim Bayar et reçoit le soutien de La Communauté française de Belgique, De Vlaamse Gemeenschap, De Vlaamse Gemeenschapscommissie, et des entreprises privées ainsi que des galeristes ou des particuliers.

Un laboratoire

Le programme de résidences d’artistes de Wiels à Bruxelles se veut un laboratoire pour artistes émergents venus du monde entier. Il est ouvert à tous. Des ateliers individuels sont mis à disposition des artistes, 7 jours sur 7 et 24h sur 24. Les résidences durent un an pour les internationaux et 6 mois pour les belges ou résidant en Belgique. Il n’y a aucune obligation de « résultat » ou de production durant le séjour. Différents projets, rencontres, discussions et expositions sont organisés durant chaque résidence. Le programme s’inscrit dans l’ensemble des activités du centre d’art, dont il forme une composante essentielle et complémentaire.

Les artistes invités travaillent plusieurs médias, viennent de pays différents, et s’intéressent à une grande variété de sujets. Ils se situent en outre à différents degrés d’émergence artistique. En cela, ils symbolisent le caractère global, indéfinissable, du programme de résidences de Wiels, et son refus de se cantonner à un certain profil.

Les résidents sont accompagnés par deux tuteurs, eux-mêmes artistes : Willem Oorebee et Simon Thompson. Ceux-ci convient les résidents à une rencontre-discussion chaque mercredi. Pour eux, il ne s’agit pas de diriger ou de surveiller le travail des plasticiens mais plutôt d’ouvrir le champ de leurs réflexions sur d’autres pratiques. C’est un dialogue pour formuler le travail en cours. Cette articulation verbale est une part importante du processus de création.

« L’art c’est un champ de discursivité », ajoute Snauwaert, « ce n’est pas de l’esthétique. Pour ces jeunes artistes, il s’agit surtout d’apprendre à faire chemin tout seul, au travers de l’incertitude, du doute, voire de la non production. Ce qui n’est pas facile dans une société totalement orientée vers la production, où chaque idée doit être orientée vers ce but. En art, c’est le contraire : avec trop de focus, l’artiste va créer des symboles, des signaux. Or, une œuvre, ça doit être ouvert, il faut que s’y trouve une trace du doute. La pratique a changé, l’art est mené par le marché, nommé « the invisible hand ». En tant qu’institutions publiques, nous pouvons faire autrement. Inviter des artistes sans nécessité de production et de finalité. De même, nous n’organisons pas de journées portes ouvertes sensées légitimer le processus de la résidence. Ici c’est un lieu d’échange et de réflexion. », conclut le directeur.

Ailleurs ?

Il y a peu de résidences d’artistes plasticiens en Belgique. On trouve HISK à Gand, une résidence à Tournai à L’Institut de la tapisserie, AIR à Anvers, MAAC à Bruxelles et quelques initiatives privées, c’est à dire des invitations d’un collectionneur à un artiste, de personne à personne. L’exposition ReSiDuE est amenée à s’ouvrir chaque année.

ReSiDuE
Wiels
www.wiels.org

Paru en juin 2013 dans L’Echo

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