Regards sur notre patrimoine

apaOu comment une initiative privée, longue et patiente, éveille à la protection et la promotion du patrimoine artistique belge. L’aventure passionnante de quelques fous d’histoire de l’art.Un groupe de jeunes historiens de l’art créent, en 1979, l’Association du Patrimoine artistique, autour de l’idée d’initier le public à des pans entiers méconnus du patrimoine belge. Passionnés, ils savent qu’une oeuvre qui est méconnue risque de ne pas être préservée et, pire, d’être rapidement dégradée.

Connaissance, conservation et restauration sont les trois mots-clés qui résument les objectifs de l’association et représentent aussi trois moments complémentaires et indissociables de son programme : il va de soi que l’on ne peut conserver, et – si besoin est – restaurer, que des œuvres dont on connaît l’existence et la valeur historique et esthétique. Attirer l’attention du public sur l’intérêt de certaines œuvres d’art, le sensibiliser au problème de leur conservation, aux menaces que l’indifférence fait peser sur leur bon état, est donc l’objectif prioritaire que c’est fixé l’Association du Patrimoine artistique à travers ses travaux d’inventaire et ses recherches scientifiques. Mieux vaut prévenir que guérir.

Eglises bruxelloises

Ils commencent avec les églises bruxelloises, fortement menacées par les décisions du Concile Vatican II. Un vaste travail de recherche dans les archives et les bibliothèques, ainsi que la constitution systématique de traces iconographiques et une enquête minutieuse dans chaque lieu aboutissent à la publication du premier ouvrage de l’association « Trésors d’art des églises de Bruxelles. », en 1979. Suite à celle-ci, des crédits furent obtenus pour la restauration de certaines œuvres mises en lumière. Comme quoi ! Enthousiasmée par leur succès, l’association formule un système d’analyse applicable à d’autres époques historiques négligées et méconnues. Et elle prépare aussi un prototype de monographie sur les églises, qui aurait dû se développer en série : un ouvrage sur l’église Saint-Jean Baptiste du Béguinage voit le jour. Il est suivi peu après par un ouvrage sur le quartier du Grand Hospice. L’étude développe les liens entre l’église et le quartier qui l’abrite. C’est une nouvelle manière de présenter un bâtiment historique, dans son biotope.

Suivent, sur le même principe, une exposition et un livre important, sur Poelaert, l’architecte du palais de justice de Bruxelles, et ses confrères contemporains. Dès 1985, ils innovent en créant les premiers guides de promenade en ville avec itinéraires (« Bruxelles XIXe et Art Nouveau »), une formule qui a été depuis reprise par de nombreux éditeurs.

Ainsi, au fil du temps et au fil de leurs passions, de leurs intérêts et de ce qu’ils découvrent durant leurs recherches, les membres de l’association ont rédigé le contenu scientifique de nombreux ouvrages, l’ont proposé à divers éditeurs. Ils ont monté des expositions liées à ces recherches.

Structuration du projet

Depuis sa fondation, l’Association du Patrimoine artistique a regroupé sous la présidence du professeur Paul Philippot, puis de celle  de Didier  Martens (tous deux professeur à l’ULB,), des chercheurs, historiens et historiens de l’art diplômés des diverses universités du pays. Pierre Loze (1951) et Dominique Vautier (1953) en font partie dès l’origine et, aux côtés de nombreux collaborateurs, ont poursuivi l’aventure au long des 33 années qui ont suivi.

D’abord hébergée à l’Institut Royal du Patrimoine Artistique, au Cinquantenaire, l’association a depuis 30 années ses bureaux dans le quartier du Sablon, sur deux étages de la maison familiale de Pierre Loze et Dominique Vautier. Quelques ordinateurs, quelques armoires, et une exigence au long cours, suffisent pour concevoir des expositions et les livres ou catalogues les accompagnant, s’atteler à des études approfondies sur des pans méconnus du patrimoine, mais aussi imaginer des ouvrages destinés au grand public et des guides de promenades… L’association bénéficie de subsides structurels alloués par la Communauté française, la Région de Bruxelles-Capitale, la Région Wallonne et a bénéficié du Fonds de la Recherche Fondamentale Collective du FNRS.

Première exposition importante

En 1985 sort épais un volume résultat de cinq années de recherche :  « Autour du néo-classicisme en Belgique, 1770 – 1830 », en même temps qu’une exceptionnelle exposition voit le jour au musée d’Ixelles, avec de nombreuses pièces en provenance du Louvre et de plusieurs musées belges. Le musée s’en souvient encore, puisqu’il accepta de vider entièrement ses salles pour l’occasion.

Même chose sur le thème de l’Art Déco en Belgique, 1920-1940, un volume qui voit le jour en 1988, conjointement à une exposition au musée d’Ixelles, constituée de pièces issues de collections privées. Cet ouvrage a rendu visible l’art décoratif de cette époque, bien nommé Art Déco, a créé auprès du public un regain d’intérêt pour celui-ci et a redonné au mobilier et aux objets Art Déco l’occasion de retrouver un juste prix dans les salles de ventes. Il est devenu et reste une référence pour les antiquaires et brocanteurs.

On pointe des publications plus « grand public », comme le passionnant « Tous les chemins mènent à Rome », de Dominique Vautier, édité par le Fonds Mercator en 2007, au moment d’Europalia Europe : y sont décrits, au travers des écrits des artistes et écrivains voyageurs, les manières, étapes, mesures de sécurité, monnaies, et autres soucis qu’ils rencontraient lors de leur voyage vers Rome. C’est bien sûr à mettre sans faute dans vos bagages en partance pour l’Italie… et c’est à regretter qu’on y arrive aujourd’hui en un coup d’aile.

Depuis trois ans, l’association a ouvert dans ses locaux un espace d’exposition qui a accueilli, entre autres, un accrochage des tableaux de Guillaume Vogels (1836-1896), un peintre belge présent dans de nombreuses collections « familiales ». Constantin Ekonomidès, collaborateur de l’association, a été le commissaire de cette exposition, avec la collaboration enthousiaste de prêteurs privés. Surprise, les visiteurs affluent, parfois 50 par jour, ravis d’avoir affaire, ici, dans le quartier du Sablon, à un lieu qui n’a pas d’objectif commercial et de pouvoir évoquer les œuvres qu’ils possèdent eux-mêmes. L’idée étant, en effet, de créer un nouveau type de lien avec le public au travers de conversation autour des œuvres exposées, d’entrer en contact avec les collectionneurs privés possédant des œuvres encore méconnues. Des accrochages d’œuvres d’artistes contemporains ont aussi fait vivre ce lieu.

Pierre Loze, qui par ailleurs, a rédigé les textes de nombreuses monographies de grands architectes, explique, l’œil brillant, le miracle d’avoir pu et de pouvoir choisir depuis 30 ans ses propres sujets d’écriture… et le plaisir de créer des engouements sincères du public.

www.associationdupatrimoineartistique.be

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