Tout le monde a croisé un tee-shirt, une tasse ou un autre produit dérivé décorés d’un visuel de Keith Haring. Son style si personnel, ses couleurs écltatantes et son répertoire de signes emblématiques ont fait de lui une icône pop et déjà un artiste qui fait partie de notre mémoire collective. On sait moins qu’il a produit une oeuvre fulgurante en à peine 12 années de création et qu’il fut très engagé politiquement.images27

C’est ce que donne à voir la rétrospective à voir au Musée d’Art Moderne de Paris. Avec près de 250 oeuvres sur bâches, sur toiles ou en volume, on plonge dans l’antre vitaminé de cet Américain né en Pennsylvanie en 1958, installé à New-York en 1978 et décédé en 1990 du sida. Dès 1980, il dessine à la craie sur les panneaux publicitaires laissés vacants dans le métro. Il se prend en photo devant ses Subway drawings, qui répondent avec humour et acidité à la publicité voisine. Il se liera d’amitié avec Warhol et réalisera des peintrues murales à Barcelone, Monaco, Chicago, New York, Pise, Berlin… C’est un enfant des années 80, qui voyage et s’exprime sans frein. Il milite pour les droits des homosexuels et de nombreux tableaux sont remplis de sexes représentés comme de petits personnages bédéesques.Son trait noir qui semble si simple, il l’applique sur de nombreux supports: plastique, métal, objets trouvés, statues, bâches, des corps (celui de Grace Jones, par exemple) avant de travailler sur toile. C’est tout un alphabet de symboles qu’il développe. On y trouve des silhouettes d’homme, des chiens, des bébés rayonnants, des couples enlacés, des sexes d’homme et de femme, des yeux, des dollars, des télés, des arbres. Haring n’hésite pas à transmettre ses idées sur la justice sociale, les libertés individuelles. Il est subversif, militant et ses messages ont marqué son époque.keithharing

Dès la première salle, on a le souffle coupé, on rit, on sourit, on éclate de rire ou on grince des dents. Ca explose, ça danse, ça fait des étincelles! Ce qui prévaut, c’est une énergie et une joie de vivre qui éclatent dans les oeuvres en grand format: les couleurs primaires, les aplats, les larges cernes noirs, la puissance des formes résumées à leur plus simple expression.Keith Haring travaillait sans croquis préparatoires, assemblant un après l’autre les lettres de son alphabet personnel. Cette apparente simplicité rappelle les gestes archaïques des peintures primitives. L’objet ou l’être représenté est devenu symbole. La pensée de Kaith Haring s’y lit dans un miracle de concision et de fluidité. Son oeuvre se complexifie dans les dernières réalisations. Les peintures deviennent plus touffues. Elles sont encore comme des slogans, mais y pointe une recherche, une réflexion. Sur la société de consommation, sur les risques du nucléaire, sur le sida… A voir sans tarder!

Keith Haring
The Political Line
Musée d’Art Moderne
Paris

Paru en juin 2013 dans L’Echo

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