Quelques allégories

Issu d’une collection privée, un bel ensemble d’œuvres de symbolistes belges  est à voir aujourd’hui à la galerie Quadri. Ainsi, pour commencer, un beau petit dessin, Jeune fille couronnée de lauriers, de Fernand Knopff, dans son cadre doré à la feuille d’époque, qui sert d’illustration au carton d’invitation de la galerie.images17Deux dessins de Xavier Mellery, fin dessinateur, qui, dans sa période intimiste, croque à la mine de plomb des portraits ou des vues d’intérieurs. Une Pensive et sa Tricoteuse debout présentent chacun une femme dans une attitude simple, quotidienne, dans un désir de capter la beauté du quotidien. Le symbolisme est un mouvement littéraire et artistique apparu en France et en Belgique vers 1870. En littérature, le mouvement trouve ses origines dans « Les Fleurs du mal » (1857) de Charles Baudelaire. Jean Delville est l’un des principaux représentants du Symbolisme belge et le propagateur des idées du Sâr Péladan à Bruxelles (« Occultiste », Péladan ambitionnait d’extirper la laideur du monde moderne, s’opposant ainsi au matérialisme ambiant…). Son œuvre est placée sous le signe de l’occultisme, de l’idéalisme et de l’ésotérisme. Sa peinture se révèle allégorique comme en témoignent les deux œuvres à voir ici, toute deux appelées Songe. Dans l’une, on voit une femme dormir, allongée sur son lit, pendant qu’une silhouette translucide s’échappe de son corps et s’envole vers le ciel et la lune pleine. Delville est l’auteur de fresques dans le palais de Justice de Bruxelles.

A voir aussi, deux œuvres de Marcel Louis Baugniet, un élève de Delville. Une très belle gouache inspirée par Klimt – qui réalise à l’époque les fresques du palais Stoclet- : L’amour et la mort. Ainsi qu’un projet très graphique, au crayon et charbon, sur le thème de la guerre : un guerrier hiératique porte son épée à deux mains devant lui, séparant l’espace et le groupe de veuves éplorées en deux, en un geste dramatique. Un tableau de Charles Doudelet, Français installé à Gand, qui mêle sa passion pour la peinture italienne du Quattrocento et des détails « à la Flamande », dans un esprit presque naïf : une jeune fille est assise sur un balcon. Au loin, un fleuve, une forêt, quelque architecture gantoise, un cavalier qui tente de la rejoindre. La toile est présentée dans son cadre d’origine peint par l’artiste.

Symbolisme onirique et grandiloquence pour Le jour écartant les ténèbres d’Emile Fabry, ultra coloré, dans une technique néo-impressionniste : pointillés rouges, oranges et jaunes, comme un tourbillon servant le propos : le jour, représenté par un homme, fait fuir la nuit en un geste large et accueille l’aube, repliée sur elle-même et encore timide. On pointe la délicieuse sculpture en bronze de Georges Minne : Le petit blessé, une fine silhouette debout, les bras repliés cachant le visage, les jambes fermement plantées sur le socle comme deux tiges d’une fleur fragile.

Symbolistes belges
Galerie Quadri
Bruxelles

Paru dans L’Echo en janvier 2012

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