Des cortèges de personnages grimaçants. Des hommes en habits, des grosses femmes nues, le visage plat, les fesses à l’air, des silhouettes sombres, encore une femme, jambes écartées, dans un paysage à la Rembrandt, des cirques, des barnums, des scènes d’intérieur…

Quel étonnant univers que celui de Thierry Mortiaux, graveur fou et professeur de français, qui, chaque jour, quitte l’école pour se rendre à l’académie et produire une gravure quotidienne.  Cette étonnante facilité de réalisation se heurte à la complexité des images produites.

Sur sa plaque de zinc, il mixe avec brio différentes techniques: pointe sèche, vernis mou… et sans aucun dessin préparatoire, construit des images à plusieurs plans comme des décors de théatre, riches de très nombreuses évocations issues de l’histoire de l’art. Voici des visages que n’aurait pas renié Ensor, ici, des silhouettes crûment dénudées à la manière de Félicien Rops, des scènettes dignes de Jérôme Bosch… “On a tous notre pinacotèque personnelle”, explique le galeriste Jean marchetti, qui expose pour le deuxième fois Thierry Mortiaux.

Dans celle de ce linguiste qui pratique de nombreuses langues, dont le russe et le chinois et qui a vécu en Sibérie, on retrouve des personnages à toques de fourrures, installés sur la piste centrale d’un cirque étrange, qui rappelle sans effort les silhouettes dégingandées croquées par Toulouse-Lautrec dans les cabarets qu’il fréquentait. Mais il n’est pas nécessaire de noyer les gravures de l’artiste sous toutes ces références pour y voir un travail jubilatoire, sarcastique, cathartique, qui déploie un grand sens narratif, un goût pour les compositions complexes, un talent pour les matières (dentelle imprimée dans le vernis mou, pointe sèche au tracé tout en légèreté, aplats denses de gris et de noirs). Devant chaque gravure, on peut passer un long moment à se délecter des détails cauchemerdesques ou plein d’humour, de l’élégance de la mise en page, de la complexité de l’univers déployé. S’y dit un ensemble qui mélange réalité, réalisme, symbolisme et un expressionisme plutôt noir.  C’est peu de dire que Thierry Mortiaux porte en lui un sacrément personnel univers intérieur.

C’est Georges Meurant – dont une exposition de ses peintures sur bois aux multiples carrés de couleurs qui diffractent la couleur s’ouvre chez Devillez – qui est l’auteur du petit texte sur Mortiaux, édité en 50 exemplaires signé par l’artiste par La Pierre d’Alun, comme à chaque exposition au Salon d’Art

Thierry Mortiaux
Le Salon d’Art
Bruxelles
Georges Meurant
Galerie Didier Devillez
Bruxelles

Paru en juin 2013 dans L’Echo

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