Portrait d’une inconnue malgré ses voiles

Voici la définition inédite que donnait le peintre et critique d’art français Pierre Demarne du surréalisme : « C’est une boisson forte inventée en France il y a environ 70 ans et maintenant universellement connue. Sa formule est complexe : 2/3 de Freud, 1/10 de Marx, encore 50/100 de textes automatiques, 50/100 d’images oniriques et symboliques, 10/100 de textes théoriques, et un peu plus de textes autobiographiques ; le tout doit être consommé par miroirs communiquants généralement signés André Breton. … Très fortifiant, ce breuvage rend le réel un peu plus poétique et embellit les hasards de la vie (pas tous). A déconseiller aux imbéciles. »

Prenez-en donc quelques gorgées en visitant la petite exposition Marcel Mariën à la galerie Quadri. On y savoure les collages que cet artiste (1920 – 1993) écrivain surréaliste, poète, essayiste, éditeur, photographe, cinéaste, créateur de collages et d’objets insolites a pratiqué tout au long de sa vie.  Ici, le « Requiem campagnard » présente quelques squelettes d’animaux perchés dans un arbre, dans un paysage bucolique. Là, « Portrait d’une inconnue malgré ses voiles », découpe une silhouette de femme et la voile, en effet. Plus loin, des images de femmes nues sont découpées, détournées de leur objectif premier sensuel pour devenir quelque chose d’intemporel qui nous parle de l’identité de la femme. Les titres : « Le faux Magritte du connaisseur », « Un Détour de la conversation », « Le démon du liquide » sont importants, tant Mariën manie avec autant de plaisir les mots que les images. S’y déploie son univers si particulier, inventif, grinçant, ironique, clairvoyant et… surréaliste.

Marcel Mariën
Galerie Quadri
Bruxelles 

Pop-up monstres !

C’est une deuxième exposition et un premier solo pour le collectif d’artistes Hell’o Monsters chez Alice Gallery. Redoutables dessinateurs, Jérôme Meynen, François Dieltiens and Antoine Detaille sont issus de la culture du graffiti. Début des années 2000, le graphisme, les graffiti, les tatouages sont au centre d’une culture du Jam (mélange, terme utilisé en musique). Sans aucune hiérarchisation, les créatifs utilisent les images issues du web, les mixent, les mélangent, se les approprient. Hell’o Monsters est de la partie. Tout d’abord en collant sur les murs de la ville des petits personnages très reconnaissables. Puis au travers de dessins d’une grande finesse à l’acrylique. Très graphiques, colorés d’aplats mats et précis, des personnages, morceaux d’animaux, boîtes, branches s’entremêlent et interagissent. Le style est fun, empathique, direct, frontal. Créées dans leur studio, postées sur le net, leurs images sont likés par les fans. Cette interaction, typique de la génération Y, est essentielle. On peut presque dire qu’elle est partie intégrante de leur œuvre, comme une performance liée au dessin. Du mur virtuel au mur en dur, il y a peu de différence. Aujourd’hui, le collectif pratique le dessin autant sur papier que sur de larges murs dans la ville, et cela partout en Europe.

Chez Alice, une fresque temporaire a été créée sur un mur de la galerie. On découvre aussi leurs dessins réalisés sur des panneaux de bois et détourés très finement. Ce dessin frontal, dansant, pratiqué par chaque membre du collectif, déploie un univers joyeux, intrigant, parfois un peu inquiétant.  Pérégrination de pensées, associations libres, jeux formels, plaisir du trait précis sur une surface, volumes se répondant, toute une aventure.

Deaf, Dumb and Blind
Hell’O Monsters
Alice Gallery
Bruxelles

hellomonsters-ddb-6

Paru en novembre 2013 dans L’Echo

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