Pascal Bernier, Aurélie Gravas, Delphine Deguislage

Un monde désenchanté

Le plasticien Pascal Bernier, adepte de la pensée paradoxale et de la purge par le rire, qui « aide à réfléchir en évitant de déprimer », dresse depuis 20 ans le portrait savoureux d’un monde désenchanté. Il aime à interroger l’ambiguïté des rapports que nous, pauvres humains, entretenons avec la nature et la culture. Ainsi, les faons, biches, marcassins, hippopotames (et pour cette exposition-ci, un magnifique éléphant d’Afrique) sont pansés de bandes Velpeau. Ces « Accidents de chasse » déploient une force issue de l’ironie de la mise en scène. Ainsi les papillons naturalisés, épinglés sous verre, dont les ailes sont garnies de cocardes militaires, pour la série « WWF ». Ainsi la gracieuse « Descente de lit » constituée d’une peau de biche avec la tête empaillée portant une perruque et des yeux… de biche… Sans oublier le couple constitué dans ours brun en peluche en train de « froucheler » avec un ours polaire naturalisé… C’est tout un étrange bestaire qui déploie avec force un humour désespéré, un sens de la formule et la facilité déconcertante avec laquelle l’artiste joue des images et symboles de notre environnement. C’est tragique et jouissif à la fois. C’est immanquable et intelligent.

Pourtant, cet humour mène Pascal Bernier à réaliser quelques œuvres bien trop faciles. Pour le tryptique « Vanités », trois crânes réalisés en gros confettis de couleurs collés sur toile, ne valent même pas d’être imprimés sur un tee-shirt H&M. Et le squelette d’humain posé sur une machine de musculation, non plus… Cela fait perdre un peu de puissance à l’exposition, fruit d’un mois de résidence dans les lieux.

« A pop nightmare »
Pascal Bernier
Le Botanique

Belle découverteque celle d’Aurélie Gravas, invitée par Pascal Bernier à exposer dans « La galerie », au Botanique. Cette jeune artiste française qui vit et travaille à Bruxelles utilise la couleur en aplats sensibles et vibrants, au profit d’un univers étrange proche du conte de fées. Les sujets de ses toiles, le plus souvent des vues d’intérieurs, sont identifiables, mais semblent se fondrent dans la couleur, deviennent anecdotiques, simples prétextes à manier les couches successives de peinture. Son véritable sujet, c’est l’implication émotive et émotionnelle qui se déploie dans le moment de peindre. Avec auto-dérision et beaucoup de tendresse, elle met en jeu le stéréotype de l’artiste occupée à créer. Par cette mise en abîme si réussie, elle interroge la réalité même de l’existence, avec une palette subtile et délicate, de l’humour et une belle intensité.

« Nothing inside but you »
Aurélie Gravas
Le Botanique

Aurélie Gravas collabore par ailleurs au sein du collectif  « Tale » avec 5 autres plasticiennes, Charlotte Beaudry, Aline Bouvy, Céline Gillain, Claudia Radulescu… et Delphine Deguislage qui expose actuellement à la galerie Zedes, avec un solo absolument jubilatoire. Il semble que cette génération d’artistes trentenaires manie avec brio la dérision, la légèreté et l’incapacité à se prendre au sérieux. Née en 1980, cette artiste belge délaisse ses habituelles installations, pour la création d’objets étranges. Ultra conceptuels, ces bibelots géants envahissent une galerie habituée à des expositions plus classiques et disent l’ambiance parfois crispée au sein du sweet home. Delphine Deguislage mixe plusieurs techniques, de la menuiserie à la couture, en une approche qu’il faut bien décrire comme féminine. Ainsi, un très beau lit en lattes de bois intitulé « Bad bed board » ; un jubilatoire punshing ball, « Danny be good », dont les détails de nœuds et la potence qui le retient en disent long… et un pouf « Pouf Odyssey », objet non identifié, qui charrie une étrangeté loin de toute bienséance. A voir !

Delphine Deguislage
Zedes Art Gallery
Bruxelles

Paru en 2012 à L’Echo

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