Papiers, s’il vous plaît !

 

25Jean Marchetti, galeriste (Le Salon d’Art ), amoureux du papier, éditeur (les éditions La Pierre d’Alun) :

« Le papier me fascine depuis toujours. A 7 ans, j’ai piqué une série de cahiers dans l’armoire de la classe dont on m’avait confié la clé. Je les gardais chez moi sans rien y écrire. Je suis touché par la sensualité d’un papier de belle qualité : son poids, son toucher. C’est l’amour du papier qui a fait que j’ai commencé à faire de l’édition. J’ai pris énormémment de temps pour trouver un papier qui me convenait, qui devait être jourd, pour que le livre aie un poids en main.

Quand j’ai ouvert ma galerie, mon idée était d’exposer uniquement des œuvres sur papier. Mais je me suis vite aperçu que j’allais être limité dans mes choix d’artistes. »

Pourquoi ce succès actuel pour les œuvres sur papier ?

 Depuis une dizaine d’années, on assiste à un engouement pour les oeuvres sur papier. C’est une mode mais c’est aussi une question de prix. Traditionnellement, en Europe, les peintures étaient sur bois puis sur toile. Les gens continuent à penser qu’une peinture sur papier a moins de valeur. C’est faux.

Pourquoi cela a-t-il évolué ?

 Les Américains ont une plus grande liberté, sont moins tenus par la tradition. Ils ont apprécié plus vite et facilement que les Européens les œuvres sur papier. Ils ont d’ailleurs beaucoup fait évoluer les techniques de conservation des œuvres sur papier. De plus, on trouve aujourd’hui plus facilement des papiers non acides sur le marché.

Pourquoi choisir une œuvre sur papier ?

Pour son aspect unique. Quand on achète une œuvre gravée d’un artiste, on achète une œuvre unique, dans le sens où elle a été crée pour l’estampe. C’est intéressant. Par exemple, chez Jan Voss, on voit une différence très nette entre  son œuvre peint et son œuvre gravé. Chez Jean Rustin, aussi : sa peinture sur toile est brutale, frontale, alors que ses dessins à la mine de plomb sont tendres et sensuels.

Cette sencualité tient à la technique : sur un papier, la mine reste en contact, le trait peut se faire en continu, contrairement à un pinceau sur la toile, qui trace par touches. J’adore les dessins de Giacometti réalisés avec un crayon à litho sur papier à grain. Il a choisi le papier comme support, à dessein, pour obtenir ce rendu du trait qui ressemble au rendu de la surface de ses sculptures. Ca me transporte d’observer cela.

Comment choisir un bon papier ?

Alechinsky achète la plupart de ses papiers à Paris. Ce sont des papiers de riz en provenance d’Asie. Pour en tester la qualité, il en met un tout petit bout en bouche et le mâche : ainsi il peut savoir si le papier contient assez de colle, donc s’il supportera l’encrage et le marouflage.

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Jacques Verhaegen, avocat et amateur d’art :

Vous êtes collectionneur d’œuvres sur papier ?

Je n’aime pas le terme « collectionneur », il y a cette notion d’amasser, qui ne me convient pas. Disons que je suis amateur d’art. J’ai acheté ma première œuvre chez Pierre Hallet, il y a 25 ans.

Je n’ai jamais eu de soucis à acheter une œuvre sur papier. Depuis le début, je n’exclus aucun medium et aucune époque. Je n’ai pas d’apriori. Ayant des moyens limités, il est intéressant de se tourner vers les œuvres sur papier, qui sont considérées à tort comme ayant moins de valeur. Souvent les gens croient qu’un travail sur papier est une étude préparatoire, un croquis. C’est faux, la plupart du temps.

Ce petit dessin de l’artiste japonais Motonaga, daté de 1965, m’a coûté 2.000 euros. Une grande toile de cet artiste se vend à plus de 400.000 $. Si je n’ai pas les moyens d’acheter cette toile, je peux quand même avoir une œuvre de Motonaga. Il y a une responsabilité sociétale à aimer les œuvres sur papier. Elles restent accessibles à presque tout le monde.

Combien achetez-vous d’oeuvres par an, et où ? 

Ca dépend de mes moyens et des découvertes que je fais. Il n’y a pas de règle. Je visite les foires de Londres et New York chaque année, Bâle est immanquable… la Documenta, la Biennale de Venise… Cologne… et bien sûr, je passerai à Art on Paper, le salon d’oeuvres sur papier de mon ami galeriste Pierre Hallet.

Comment bien choisir une œuvre ?

Il faut beaucoup voir, s’infromer, visiter, étudier. Le but, c’est de faire des découvertes personnelles. Ce qui me plaît dans le fait de collectionner, ce sont les relations humaines que cela engendre. On est en contact avec des amis collectioneneurs, commissaires, galeristes, artistes. On échange, on se réunit, on communique.

Et pour démarrer une collection ?

Il faut exercer son œil, puis oser aller vers les médiums bon marché : le papier et la vidéo. Cela prend plus de temps que d’aller simplement dans une galerie et de suivre le conseil du galeriste. C’est plus sportif et plus difficile, mais on peut démarrer une collection avec des œuvres entre 500 et 1000 €. Ce sont des raisons culturelles qui font que ces médiums ne sont pas chers. Alors que ces œuvres méritent autant de respect qu’une oeuvre sur toile.

Y a t il des contraintes de conservation pour le papier ?

Les gens ont des réflexes anciens: ils veulent maroufler (coller sur toile) leur acquisition. Je trouve qu’il faut accepter le charme de ce support et faire réaliser un encadrement qui respecte le choix de l’artiste, ne pas vouloir dénaturer. Une des contraintes, c’est que les vitres anti-reflet de qualité muséale restent très chères, donc, l’encadrement reste cher.

La conservation n’est pas compliquée, en fait. Il est beaucoup plus compliqué de conserver des photos ou des installations. Sauf si on achète aux enchères un dessin des années 50, par exemple, qu’on n’a pas pris le temps de désencadré. On peut découvrir des déchirures ou des moisissures. Mais les restaurateurs de papier font des merveilles.

Quelle est la valeur d’une œuvre sur papier ?

Ce medium doit être mis sur le même pied que n’importe quelle expression artistique. La croyance qu’il s’agit d’une œuvre mineure est fausse. Elle reste par contre plus accessible. Pour une toile du même artiste, le prix sera multiplié par 10. L’important, c’est d’avoir autant de plaisir à regarder l’oeuvre et que celle–ci dégage la personnalité de l’artiste autant qu’une œuvre sur un autre medium… alors tout est dit. Souvent, je conteste le prix exagéré d’une toile. L’art ne doit pas être réservé au marché de l’art. C’est important qu’il soit accessible à la masse. Le marché des pièces « lourdes » – toiles énormes, bronzes, acier, n’est réservé qu’à quelques-uns.

Le marché de l’art est la seule bulle qui n’a pas encore explosé, comme celle de l’immobilier ou d’internet. C’est une valeur-refuge. C’est une des raisons de l’emballement de ce marché. Je ne serai pas mécontent le jour où il y aura une grosse correction du marché de l’art.

Qu’achetez-vous aujourd’hui ?

A 50 ans, on a des goûts plus intellectuels, plus complexes. L’oeuvre ne doit plus principalement et en premier lieu être esthétique. Le cerveau et l’œil ont été exercés. J’aime une œuvre dont l’effet n’est pas immédiat, mais va durer dans le temps…

Art on Paper
White Hotel Bruxelles
www.artonpaper.be

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