Ombres noires sur blanc

Première exposition en Belgique pour le duo norvégien suédois Lello//Arnell, qui vit et travaille à Oslo. Ils ont toujours travaillé ensemble, en une entité artistique unique. Leur démarche, très intellectuelle, peut sembler un peu ardue à comprendre. Se basant sur des objets ou des concepts historiques, ils les déconstruisent, les dissolvent, les twistent, pour en donner une autre vision, narrative et personnelle.

 

Par exemple, pour les deux tableaux à la craie sur fond noir : « Journey » présente un entrelacs de lignes droites, comme extraites d’un plan de maison idéale, tracés au doigt sur un fouillis de larges traits à la craie. C’est déconstruit avec rage. Plus d’humain, tout d’un coup.

Pour « Examination of Modern Lnving », ils partent d’un photo-montage de plusieurs chaises Eames, quintessence de l’idéal moderniste des années 50. Celles-ci deviennent des aplats anthropomorphiques, ombres noires sur fond de craie blanche : une vie se dégage des coulées de craie blanche, quelques personnages, un fait narratif.

 

Avec « …I found myself… », il s’agit d’une réappropriation d’une icône, une chaise de Eames. Placée les pieds en l’air, elle perd sa fonction usuelle mais devient un étonnant masque primitif en noir et blanc. La surface de la chaise est recouverte de peinture noire appliquée aux doigts puis grattée, dans une sorte de mouvement de colère qui cherche à remettre de la chair et du sang dans cette perfection faite chaise. Deux trous figurent des Judas aux travers desquels on peut regarder d’un intérieur vers l’extérieur. Mais se trace aussi, de manière très ludique, un masque primitif. La pièce vient d’être achetée par une grande collectionneuse belge.

 

Epilogue
Jozsa Gallery
Bruxelles

Autre vision en noir et blanc, très différente, dans les grandes photos d’Adam Fuss, à découvrir chez Xavier Hufkens. Cet artiste britannique vit et travaille à New York. Il utilise de vieilles techniques de photographie, comme le photogramme, projection d’une source de lumière sur un papier photosensible, ou le daguerréotype, procédé uniquement positif ne permettant aucune reproduction de l’image, constitué d’une plaque, généralement en cuivre, recouverte d’une couche d’argent.

medusa-home-and-the-world2Ici, le serpent et sa forme sinueuse et inquiétante tracent des signes cabalistiques en blanc sur noir dans les photogrammes et en noir sur gris dans les daguerréotypes. Dans la première salle, des images mystérieuses et fortes de personnages couchés sur des matelas blancs, parfois occupés aussi par des serpents. Sont-ils morts ? Sont-ils en train de dormir ? Se reposent-ils après l’amour ? Ces grands daguerréotypes déploient une étonnante et très belle palette de gris profonds, de blancs salis et de noirs d’encre.

« Medusa » est un énorme photogramme d’une angoissante robe de tulle – une robe de mariée ? – entièrement remplie de silhouettes de serpents qui ondulent. Ce n’est plus la Gorgone aux cheveux de serpents qu’il ne faut pas regarder dans les yeux, mais une Medusa qui aurait perdu tous ses pouvoirs et serait devenue une victime.Les œuvres de Adam Fuss ont déjà été exposées au Victoria & Albert Museum de Londres, au MoMa de New York, à Washington, à Amsterdam, à Vienne… L’artiste tire son inspiration des contes de sa jeunesse et les transforme, en alchimiste. Il en tire des images d’une troublante et redoutable beauté.

 The Space Between Garden and Eve
Galerie Xavier Hufkens
Bruxelles

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