L’identité photomaton

Man Ray disait : « Pour faire une bonne photo, il faut trois éléments : un sujet, un dispositif technique et un auteur. » Ces trois éléments sont mis en difficulté par le dispositif du photomaton, dont les premières cabines font leur apparition dans les rues de Paris en 1928. Les Surréalistes seront les premiers artistes à s’en emparer, de manière intensive et compulsive. En quelques minutes et pour une somme modique, la  machine offre, dans le domaine du portrait, une expérience similaire à celle de l’écriture automatique. Vient ensuite Andy Warhol, dont on a oublié qu’il a d’abord utilisé le photomaton comme base de création pour ses sérigraphies. Il avait installé une cabine dans sa Factory, et toutes les personnes de passage s’y faisaient prendre en photos.

La magnifique exposition à voir au Botanique, « Derrière le rideau – L’esthétique Photomaton », montée par le Musée de l’Elysée de Lausanne, est la première étude consacrée à l’esthétique du photomaton. On y découvre comment les artistes se sont emparés de ce dispositif pour créer et pour interroger leur identité. Ce dispositif met en difficulté les trois éléments cités par Man Ray. Ici, le sujet et l’auteur sont une seule et même personne. Mais encore, la cabine photomaton crée une dualité intéressante entre la « boîte », espace intime et le lieu public, le plus souvent vaste, dans lequel est placée la cabine. Mais encore l’automatisme du photomaton est un élément qui a fasciné les artistes du XXè siècle.

On pointe Franco Vacari, qui, en 1972, à la Biennale de Venise, met à la disposition du public une cabine, et l’exposition se crée au fur et à mesure du passage des visiteurs. Mais aussi les photos de Alain Baczynsky, artiste israélien d’origine belge, qui entame en 1979, à 26 ans, une psychanalyse. Pendant près de trois ans, à la sortie de chacune de ses séances, il se rend dans le photomaton le plus proche. Isolé dans la cabine, il rejoue la séance et écrit ensuite ses commentaires au dos de l’image. Lorsqu’il interrompt brusquement sa psychanalyse en juillet 1981, Baczynskzy a produit une extraordinaire série de 242 autoportraits.

Anne Deleporte réalise en 1991 une série réalisée avec les pourtours des photographies d’identité, qui ont été découpées à l’emporte-pièce. Ces images mutilées, vouées aux rebuts, conservent la trace d’une présence. L’artiste les empile en creux.

Plusieurs extraits de films, dont, bien sûr, Le fabuleux destin d’Amélie Poulain, et les albums de collections de photomaton qui sont au centre du scénario. Des Surréalistes aux collectionneurs de portraits perdus, oubliés, jetés, trouvés aux alentours des cabines de photomaton, en passant par les très nombreux artistes qui se sont emparés du dispositif de manière très créative, l’exposition propose une vue large et profonde d’un phénomène ultra-moderne, qui agit à la manière d’un confessionnal. Immanquable !

A la sortie, une cabine vintage permet de se faire tirer le portrait en quatre photos argentique noir et blanc. N’oubliez pas de sourire !

Derrière le rideau – L’esthétique photomaton.
Botanique
Bruxelles

Paru en 2012 dans L’Echo

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