L’expressionnisme n’est pas mort !

La peinture intuitive, nourrie de la vie et des émotions de ceux qui la créent est bien vivante. Au-delà des modes, à côté des photographes tout en distance et des pixelliseurs fous, on trouve encore quelques travailleurs solitaires qui manient sans complexes pinceaux, peinture et toiles.

 

OLYMPUS DIGITAL CAMERAAinsi, François Delfosse, dont l’univers est peuplé de personnages fantasmagoriques : longues femmes nues, hommes aux yeux exacerbés… dans des enlacements sans fin. Sa peinture déploie une écriture narrative et poétique, vers laquelle on revient sans cesse, découvrant au détour d’une nouvelle observation, une lecture plus profonde, secrète. Il raconte, mais, aussi, il fait émerger des émotions très humaines : amour, désir, tendresse, sexe, envie, jalousie… François Delfosse  n’hésite pas à affirmer son intérêt pour la peinture des années 30 : Derain, Othon Friesz,  Max Beeckman, Jules Pascin, Raoul Dufy, notamment. Il ne se réfère ni à des photos, ni à des croquis. L’impression, celle de la lumière, d’une atmosphère, d’une image est sa mémoire. Le travail pictural et le geste, d’une grande liberté, servent et définissent le propos.  Un trouble s’installe mais aussi une réjouissance.

François Delfosse
Galerie Jean-Philippe Braam
9 rue Fourmois
Bruxelles

5-ryad-gouache-jpg1Voici aussi Renée Delhaye. « Le bonheur de peindre naît de la rencontre de moments heureux. » dit-elle. Cette artiste peintre, née en 1932, est installée entre la Belgique et la Maroc. Elle déploie sa créativité sur papier, avec des aquarelles « prises sur le vif », des moments de grâce du quotidien : un bouquet de fleurs, une scène d’intérieur, un pan d’architecture, un paysage ou une nature morte symboliste. Les couleurs sont subtiles, comme fondues, parfois rehaussées à l’encre de chine. Dans un besoin d’assouvissement du moment présent, elle trace ses compositions, l’air de rien, avec fantaisie. L’autre clé de compréhension de Delhaye est l’inspiration qu’elle tire de ses nombreux voyages en Europe, en Turquie, en Egypte… A voir aujourd’hui, chez sa fille, la galeriste Arielle d’Hauterives, ses peintures, mais aussi  les peintures sur verre, avec rehauts de feuilles d’argent ou d’or et quelques belles pièces de céramique. La terre à malaxer, puis cuire, émailler et recuire, lui offre la possibilité d’enraciner ses sujets et de leur donner une présence plus forte, plus construite et plus maternelle.

 Renée Delhaye
Galerie Arielle d’Hauterives
Bruxelles

 

jean-marie-la-hayeMais encore, le peintre autodidacte Jean-Marie La Haye, qui commence à peindre suite à sa rencontre avec les peintres de rue au Congo, où il travaille comme magistrat entre 1964 et 1974. De ses maîtres congolais avec qui il expose pour la première fois en 1983, il emprunte une manière franche d’aborder la peinture. Il fait naître de sa passion pour ces pays exotiques des tableaux présentant de belles et sombres muses. Les couleurs primaires, la prétendue naïveté du style et les mises en scène truculentes sont autant d’éléments savoureux. Il y associe des citations, faisant écho à sa vocation rêvée d’écrivain.

Un peintre méconnu, un « maître caché », ainsi qu’on le nomme parfois. Ces dernières années, l’intérêt pour son travail va grandissant, tout spécialement à l’étranger, là où en Belgique, il demeure relativement inconnu.

Jean-Marie La Haye
« Et soudain je vis le Brésil… »
Galerie Duqué & Pirson
Bruxelles

Paru en 2011 dans L’Echo

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