« Pour moi, la photographie n’est pas un processus intellectuel, c’est un processus visuel. L’œil est fait pour voir et non pour penser. » dit le photographe Marc Riboud, dont on peut admirer actuellement à la Young Gallery, 50 ans de travail.

Les images de Marc Riboud sont déjà dans l’inconscient collectif. Regardez ce peintre perché sur un montant de la tour Eiffel, dans un mouvement plein de grâce, en 1953 ou cette jeune fille au délicat et lumineux profil, qui tend une fleur aux soldats à Washington en 1967…  Ces images, vous les connaissez, n’est-ce pas ? On les a vues, on ne sait plus où, mais elles expriment tellement bien un moment, une époque, une tension, un lieu, qu’elles sont restées gravées en nous.

livre-photo_1147_01Contemporain de Cartier-Bresson et de Capa, né en 1923 à Lyon, Marc Riboud entre à l’agence Magnum et publie dans le magazine Life dès 1953. En 1955, via le Moyen-Orient et l’Afghanistan, il se rend par la route vers l’Inde puis vers la Chine. Il couvrira les indépendances en Algérie et en Afrique noire. Entre 68 et 69, il effectue des reportages au Vietnam du Nord et du Sud où il est un des rares photographes à pouvoir entrer. Depuis les années 80, il est régulièrement retourné en Orient et en Extrême-Orient et il a exposé à Paris, Londres, New York, Beijing, Hong Kong, Bilbao…

En plan large ou rapproché, Marc Riboud chasse le mouvement, l’émotion, ou encore, l’expression d’un visage, comme un enfant toujours étonné du monde qui l’entoure. Comme dans la très belle photo où l’on voit Henri Cartier Bresson et Martine Franck, tous deux émerveillés par leur petite fille Mélanie.

Graphique comme une planche de BD, l’image prise de l’intérieur vers l’extérieur d’une rue en Chine montre le quotidien d’un ailleurs qui se dit en quelques traits, les personnages vaquant à leur occupation, devenus comme essentiels. Le noir et blanc éclat ici en instants si bien captés qu’on les dirait universels. Tout un art.

Ce grand reporter saisit la vie en images dont de nombreuses sont restées dans notre mémoire collective. Est-ce que cela en fait des photos d’art ? La frontière entre photos de reportage et œuvres est ténue. « La création pure, je n’y crois pas », explique encore Riboud, « Mon obsession : photographier le plus intensément possible la vie la plus intense. C’est une manie, un virus aussi fort pour moi que le réflexe d’indépendance. »

Ici, les photos expriment une époque et sont des témoins de celle-ci. Une trace de notre passé, de notre histoire commune ou d’un ailleurs rendu proche, qu’on peut avec plaisir ramener chez soi et accrocher dans son salon. Ca donne une trame, une profondeur au quotidien. Tant mieux.

Marc Riboud
Cinquante ans de photographie
Young Gallery
Bruxelles

Paru en 2011 dans L’Echo

A propos de l'auteur

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef et journaliste
"On écrit bien sur ce qu’on aime. J’aime admirer des œuvres. Chaque artiste ouvre sur notre humanité, notre universalité. Cela me touche à chaque fois. Plus j'en découvre, plus mon appétit pour l’art augmente et mon oeil s'exerce ... Plus je ressens l'art, plus je comprends l’humain."
Muriel de Crayencour est journaliste et plasticienne. Elle a rédigé des chroniques, critiques et reportages sur les arts visuels durant 5 ans dans L'Echo. Elle est journaliste culture pour M... Belgique Elle a créé le magazine Mu in the City en janvier 2014.

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