Les ombres des visages

Hasard des calendriers de galeries, deux cinéastes renommés présentent pour la première fois leur travail plastique à Bruxelles. Intéressant et touchant prolongement de leurs films, pour l’une : photos et installation, pour l’autre, lithographies d’une grande force.

Chez Obadia, c’est Agnès Varda, la réalisatrice de « Sans toit ni loi » et des « Plages d’Agnès », qui propose des portraits de gueules cassées. Ces « Portraits brisés » sont présentés en trio parfois sous une vitre volontairement brisée, parfois à travers le reflet d’un miroir, parfois imprimé sur un miroir. Ils disent que chaque visage est unique et raconte une histoire. Souvent douloureuse mais toujours tendre sous le regard pudique de la cinéaste. Une petite série intéressante qui fait écho à un bel autoportrait de Varda dont le visage aux yeux graves et sombres se reflète dans un puzzle fait d’éclats de miroirs brisés. Un étage en dessous, dans l’installation « Mer paisible », on retrouve ces miroirs qu’elle affectionne. Une vidéo colorisée en bleu ou jaune ou rouge saturé se reflète dans un grand ensemble d’éclats de miroirs. On y voit la mer, dont les vagues sont comme des humeurs et des marques du temps qui passe, qui se reflète et se transforme encore dans les morceaux de miroir : Rien n’est permanent, tout est mouvant, double, triple… changeant mais paisible.

1815

Une installation comme un portrait de cette plage si importante dans la vie et dans l’œuvre de la cinéaste, et qui semble ici comme un visage supplémentaire, subtil et poétique.

« Portraits brisés » et « Mer paisible »

Agnès Varda
Galerie Nathalie Obadia
Bruxelles

Le travail de peinture de David Lynch est peu connu du grand public. Il n’a pourtant jamais cessé de peindre et dessiner, depuis ses jeunes années d’étudiant en art à Philadelphie. On connaît ses films : Elephant Man, Blue Velvet, Mulholland Drive… La réalité, selon David Lynch, y est une surface trouble et déjà inquiétante, derrière laquelle se cache des choses étonnantes, une part de cauchemar bien réelle, une part de rêve. Il est bon de se plonger dans l’univers noir et graphique des magnifiques lithographies qui sont présentées dans la jeune galerie XXL Art.  Images fortes, jetées sur le papier sans frein, ses lithos sont, comme dans son travail cinématographique, indéchiffrables de manière objective.

ozartsetc_david-lynch_circle-of-dreams_lithography_belgium_exhibition_99-01Dans les méandres de l’inconscient du peintre, l’être humain est en conflit permanent et originel avec lui-même et avec le monde. « Man in the rain » : un très beau visage largement ombré, à moitié caché sous un chapeau. Les gouttes de pluie qui l’entourent sont comme des morceaux éclatés de sa pensée. C’est fort, la matière de l’encre sur le papier est sensuelle. C’est puissant et intime.

Lithographies de David Lynch
Galerie « XXL ART
Bruxelles

 Paru en juillet 2010 dans L’Echo

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