Les femmes à l’étage


JOY EPISALLAOn sait trop bien comme il est inconvenant de parler des femmes artistes. Qu’il est peu nécessaire de pointer leur sexe, qui donnerait soit disant une qualité particulière, voire une préciosité à leurs œuvres. C’est faux, bien évidemment, l’art n’a pas de sexe. Une œuvre naît et vit sa vie en dehors du genre de l’artiste qui la crée. Pourtant, il serait dommage de rater l’exposition à voir aujourd’hui chez Aeroplastics, et qui ne présente que des femmes. Concours de circonstance ou hasard de la réjouissante sélection du galeriste Jérôme Jacobs? Qu’importe.

Joy Episalla, photographe américaine née en 1960, travaille dans les interstices entre la photographie, la vidéo et la sculpture. Elle présente aujourd’hui trois séries importantes de photos. L’une, « TV », consiste en des photographies des reflets de chambres d’hôtel dans l’écran de la télévision qui s’y trouve. Quand la télévision est éteinte, le lieu reflété devient le contenu de l’écran. La photo est prise juste avant de quitter l’hôtel, sans mise en scène ni réarrangement : c’est la chambre telle que l’artiste la laisse en la quittant. Il s’agit de dire l’intimité brève d’une nuit qui s’oppose à un lieu étranger, de passage… Une grande poésie s’en dégage.

Pour son projet « blur / motion / trans », elle utilise une sculpture/chapeau en cheveux, qui aagrandi au fil des ans. Cet objet chevelu, sorte de prothèse, appendice, chapeau de sorcière est porté pour réaliser une série d’autoportraits où rêve, subconscient, passé qui s’efface et perceptions floues du présent se mêlent. Un travail profond et délicat. Joy Episalla photographie aussi depuis plusieurs années des bibliothèques, alliant portrait de leur propriétaire et nature morte. A voir ici des photos de la bibliothèque de Freud, à Londres, où plane sans conteste l’ombre du fondateur de la psychanalyse.

A l’autre étage de la galerie, un accrochage collectif mêle de nouvelles pièces de l’artiste Sud Africaine Frances Goodman, qui a délaissé perles et paillettes brodées pour écrire ses phrases choc, récoltées, sur des capots flambants neufs de Mini. On pointe les œuvres en plâtre synthétique de Sylvie Ronflette, à mi-chemin entre l’organique et le construit : plissés des tissus se posent sur un œuf, font émerger une vierge à l’enfant, pendent délicatement d’un crochet en métal. Une étrange sensualité, une douceur un peu inquiétante s’en dégage.

images7Ovation aussi pour les œuvres textiles d’Elodie Antoine : fauteuils sur lesquels poussent d’étranges champignons en velours, végétaux imaginaires en feutre, prolifération champignonesque, drôles d’excroissances… Une in-tranquille joie se dit.

Mais encore la terrible et hypnotique vidéo « Deep Water Horizon » d’Antonia Wright, où elle roule sur elle-même dans les endroits les plus sordides de New York. Ne manquez pas de vous penchez sur les « maquettes » de Tracey Snelling : motels, stripclubs et autres bâtiments hyperréalistes : regardez par la porte ou la fenêtre, un petit film s’y déroule. Tension entre ses maquettes qui renvoient à l’enfance et aux maisons de poupées, en même temps qu’elles présentent une hyper-réalité très actuelle de l’Amérique d’aujourd’hui.

Joy Episalla et Fireflies
Aeroplastics
Bruxelles

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