Vous êtes vous déjà couché un jour d’été sous un grand arbre, pour profiter de son ombre apaisante? Alors, vous savez, n’est-ce pas, la beauté du ciel vu de là. L’éblouissement du soleil découpé par la ramure. Les feuilles et les branches de votre parasol improvisé forment une dentelle, une mosaïque avec laquelle joue la lumière. S’il y a un peu de vent, ce dessin délicat vibre et module quelques éclats blancs et bleus. L’ombre chinoise des branches déploie des histoires mouvantes, un réseau, des notes.

Au Salon d’Art, Kikie Crêvecoeur, graveuse, nous restitue les enchantements des canopées, leur vibrato, les mondes qu’elles cachent, leur bercement. Avec quelques gommes et de l’encre noire. Jean Marchetti, galeriste, coiffeur et éditeur de “La Pierre d’Alun” a proposé à celle-ci de travailler sur un texte de Christine Caillon. Est né le livre “Autoportraits en arbres”.

C’est autour de ce travail sur l’arbre que Kikie Crêvecoeur a sculpté de multiples gommes, ces gommes qui lui servent depuis toujours à imprimer sa marque sur le blanc du papier. Ici, une petite centaine de gommes, représentant chacune quelques feuilles, un fouillis de branches, un ou deux segments de troncs d’arbres,… Elles sont utilisées une à une pour composer sur un format de 1 x 1,98 M des forêts réinventées. A la manière d’une mosaïque, les gommes sont appliquées une par une, du bas vers le haut de la page. Une image délicate et vibrante se construit. Pour “Ici”, la structure en noir et blanc ainsi créée donne à voir une carte, presque un plan, sur lequel des aplats d’un noir intense répondent à quelques touches délicates comme un jeune feuillage. Les segments de troncs font comme des petites familles presque humaines, regroupées ça et là. Pour l’autre grand format à voir à la galerie, “Ailleurs”, les rectangles gravés à la gomme, dont les cernes se touchent, évoquent plutôt une forêt immense dans laquelle se perdre. Sur les carrés entièrement noirs, l’artiste repasse avec une encre brillante, sur-imprimant des feuilles, quelques branches. C’est toute la saveur d’un regard qui fait son chemin entre les branches d’un arbre, tourné vers le ciel, un après-midi d’été, que nous offre Kikie Crêvecoeur. C’est l’enfant en nous qu’elle convoque, celui qui a le temps de rêver, lui offrant mille voyages à faire sous la canopée et sous le bruissement de son feuillage.

D’autres gravures dans l’exposition présentent l’assemblage par trimestre de la gomme quotidienne que l’artiste. Un agenda-mémoire plein de drôlerie et de références intimes. On pointe aussi les “Trognes”, aplats somptueusement noirs, découpes de la tête que font les arbres comme les saules qu’on a taillés pour l’hiver. Leur silhouette en linogravure sont comme des visages, posés sur un fond de couleur posée en xylogravure.

Kikie Crêvecoeur
Bruissements
Le Salon d’Art
Bruxelles

Paru en octobre 2013 dans L’Echo

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