Les anciens et les nouveaux…

Pierre Hallet propose chaque été de confronter les anciens (années 50 et 60) qu’il affectionne et dont il est devenu l’expert auprès de la Chambre belge des experts en Œuvres d’Art – et que d’ailleurs on nomme les « modernes » –  avec les artistes actuels qu’il représente durant l’année dans sa galerie du Sablon.

Surveillant le marché, il achète et collectionne les « pièces qui passent » des premiers. A voir aujourd’hui, quelques modernes issus du mouvement de la Jeune Peinture Belge, qui fut le terreau des abstraits des années 50. Ainsi, Marc Medelson avec deux monochromes dont l’acrylique est creusé, gravé, voire scratché… semblant un vieux mur qui aurait vu passer quelques centaines d’années ; Louis van Lint avec une « Fable colorée », petite aquarelle d’un paysage abstrait ; Gaston Bertrand avec une huile sur bois un peu constructiviste ; Anne Bonnet et « La vie », un tableau presque abstrait, enchevêtrement joyeux de croix de pierres dans lequel on distingue, au deuxième regard, un cimetière ; Antoine Mortier avec une très belle encre comme un signe cabalistique, plein de vigueur.

A voir aussi, une petite œuvre toute blanche de Walter Leblanc : sur la toile, se tord une poignée de ficelles, formant une trame géométrique ainsi que des dessins de l’écrivain belge Henri Michaux. Toutes ces oeuvres ont une saveur douce-amère : les anciens sont en passe de devenir des classiques. Et s’ils ne le savent pas, Pierre Hallet, lui, le sait.

Parmi les artistes actuels, voici le jubilatoire Dany Danino avec un grand dessin « Champignon atomique »: hargne du geste sur le papier, hargne du sujet, beauté tranquille du bleu « Bic ». Une grande huile sur bois déploie la poésie géométrique de Georges Meurant, qu’on voit décidément partout cet été. Un très beau portrait de Jacqueline Devreux, de la série issue des photos d’enfants tués lors du génocide cambodgien et pris en photo par leur bourreau. Les fondus de noirs et de gris qui sont la marque de fabrique de Devreux rendent ici justice à ce portrait doux et terrible. Le regard transperce la toile, la peur peut s’y lire mais la vie est encore là, dans l’instant de ce regard.

Epinglés directement sur le mur, les crayonnés d’une incroyable finesse de Charlotte Dunker, jeune artiste qui dessine en tous petits formats sur base de vieilles photos de famille, sur des papiers récupérés, un peu jaunis : des enfants en shorts qui grattent ; des femmes en robe du dimanche ; des hommes à col fermé ; un père, une mère et un enfant les yeux plissés par le soleil. Le gris de la mine de plomb raconte de bien jolies histoires dans lesquelles chaque spectateur trouve une goutte au moins de son propre passé.

Ca parle, ça résonne, c’est parfaitement comestible, voire jouissif, c’est à distiller dans la vie.

Summer 2011
Galerie Pierre Hallet
Bruxelles

Paru en 2011 dans L’Echo

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