Le souffleur de bulles

helmut-stallaerts-2« Je viens de voir une pure expo . » Voilà ce qu’on entendait à la sortie du vernissage, jeudi passé, chez Baronian-Francey. Sans doute, l’aurions-nous exprimé autrement, mais  il est vrai que l’artiste présenté dans la galerie nous offre à découvrir un magnifique univers.

Helmut Stallaerts est né en 1982. Il vit et travaille à Lennik. Il a étudié à la peinture à Saint-Luc, Bruxelles, puis à l’académie des Beaux-Arts de Dusseldorf. C’est son deuxième solo show chez Baronian-Francey.

Depuis ses origines, l’art s’est entre autres efforcé d’aider l’homme à formaliser des concepts sur la vie, la mort, l’univers et l’existence de Dieu. L’art a ainsi fait office d’illustration mais a eu aussi une fonction rituelle. Au vingtième siècle, Dieu ayant été déclaré mort, les choses changèrent. L’art moderne  a certes conservé une fonction méditative, mais n’a plus un rôle d’accompagnement et d’enseignement. La production artistique devient essentiellement « auto-référentielle ». Pourtant le jeune Helmut Stallaerts nous propose une vision personnelle de son propre cosmos, dans une quête de sens toute traditionnelle.

Le souffleur de bulles, auquel l’exposition doit son nom, est une métaphore de l’artiste qui propose une bulle, éphémère et symbolique mais vouée au néant. Une réflexion sur la condition d’être humain, sur la solitude et sur l’univers-bulle qui nous entoure.

Le triptyque « The Bubble Blower »,  qui donne son nom à l’exposition, présente, à droite, une jeune femme tenant dans ses bras son enfant, s’apprêtant à lui donner le bain. A gauche, un homme âgé, au milieu d’une foule de gens qui l’acclame et l’oppresse. Au centre, sous une étrange couche cireuse, un petit garçon, au seuil de la vie, souffle des bulles de savon. A découvrir : une solitude, puis, une chronologie imaginaire, un état inconnu du monde dans lequel il vit.

Helmut Stallaerts 6Dans la petite peinture« The throw », on y voit un homme, cosmonaute sans combinaison, qui flotte ou tombe, entre deux paires de mains. Peint sur un ensemble de dominos noirs avec points blancs, ce sujet semble dire la chute, mais aussi une autre forme d’existence, au milieu de milliers d’étoiles. Une très belle tour de Babel à l’envers, « The Tower », dans une structure en métal, bois et os : un miroir la surplombe, on y voit un homme se perdre dans le creux qui occupe tout l’intérieur de la tour. Il se noie, disparaît : une grande solitude, de l’absurdité, la vanité de l’orgueil.

Helmut Stallaerts saisit l’insaisissable, le retourne comme un gant, et nous offre des propositions qui mêlent une intense réflexion sur le monde et le statut de notre existence, une émotion froide et contenue, quelque chose d’éphémère, de la puissance et de la fragilité. Un univers très personnel, dans lequel l’histoire de l’art parle, sous forme d’inspiration, pendant qu’une extrême contemporanéité nous engloutit. Une « pure expo », vraiment !

The Bubble Blower
Helmut Stallaerts
Baronian-Francey
Bruxelles

Paru en 2012 dans L’Echo

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