Le pacte du noir

Redécouverte de l’artiste abstrait qui a précédé Soulages, Fontana et mêmeRichard Serra, avec ses toiles hachurées de noir intense, ses surfaces sur lesquelles dansent des traits souples au pinceau ou de vastes surfaces noires au rouleau.

Hans HartungNé à Dresde en 1904, Hans Hartung se forme à Dresde et Munich. Il fuit l’Allemagne et le nazisme et, en 1945, demande la nationalité française. Il  a rencontré à Paris des artistes défenseurs comme lui de l’art abstrait : Calder, Gonzalez… ce qui le conforte dans ses recherches. Pourtant, il reste isolé, en tant que peintre abstrait, tant il revendique la charge des affects dans l’acte de peindre, donnant ainsi à l’abstraction une dimension profondément humaine, où le psychisme intervient, dans un rapport équilibré entre abandon et maîtrise. Après la seconde guerre mondiale, Hartung rencontre une renommée internationale ; il est reconnu comme l’un des maîtres d’une peinture qui ne concède rien à l’abstraction géométrique. La galerie Lydia Conti, à Paris, lui consacre une première exposition personnelle en 1947. Un souci constant d’expérimentation caractérise sa pratique artistique, ce qui le mène, à partir des années soixante, à faire usage de nombreux outils (pistolets, stylets, larges brosses, rouleaux) pour  » agir sur la toile « , renouvelant ainsi sa conception de l’acte de peindre. En 1973, son installation à Antibes dans une propriété dont il a conçu les plans de la maison et des ateliers lui permet de déployer son art sur de très grands formats. Cette propriété devient en 1994, la fondation Hartung Bergman du nom du peintre et de son épouse, Anna-Eva Bergman, artiste norvégienne.

 

La Galerie Maruani-Noirhomme représente la fondation à Bruxelles. C’est pourquoi elle donne à voir actuellement une première magnifique exposition d’œuvres tardives de l’artiste (après 1980). Ayant perdu une jambe, Hartung a peint assis dans son fauteuil roulant, avec une liberté accrue. Ainsi, il fait gicler de la peinture sur la toile avec un tuyau d’arrosage. Il fouette la toile de branches d’arbres trempées dans la peinture. Il travaille à l’aérographe pour créer des halos subtils de couleur. Le noir percute, traduisant le geste brut du pinceau, du rouleau, du jet de peinture. Le noir mange, troue la toile, marque, signe… en réseau de lignes sauvages ou en grands coups de rouleau à peinture. C’est comme un coup de poing et pourtant cela dégage une grande force tranquille, une assurance, une puissance méditative. C’est comme une écriture, une affirmation. La surface de la toile est comme l’arrière-scène d’un spectacle d’ombres. Elles s’y posent mais en jaillissent, aussi. Une présence vigoureuse, un geste vif,  qui semble avoir été posé dans l’instant précédent notre regard. A voir.

Hans Hartung
Late Paintings
Maruani & Noirhomme  Gallery
Bruxelles

Paru en 2012 dans L’Echo

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