Le Middelheim fait peau neuve

En 1950, le bourgmestre d’Anvers organise une exposition de sculptures dans un parc multi centenaire de la ville. Cette exposition est la première d’une série de 20 Biennales qui se dérouleront jusqu’en 1989. L’entrée gratuite, l’exposition en plein air et le caractère récréatif du parc contribuent au succès de cet événement auprès du grand public. Ce sont les prémices du « Musée de sculpture en plein air Middelheim », que tout le monde connaît et qui accueille plus de 250.000 visiteurs chaque année.

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Depuis sa création le Middelheim a considérablement évolué, à l’instar du paysage muséologique en Flandre. Il a été le premier musée de Flandre à s’intéresser à l’art contemporain. La collection permanente, qui comprend aujourd’hui plus de 400 œuvres d’art, donne un excellent aperçu des arts visuels du monde 1900 à nos jours. Chaque année, le musée invite des artistes contemporains à s’engager dans un dialogue artistique avec la collection permanente. Le Middelheim est aujourd’hui un musée, financé par la ville d’Anvers. Il reçoit aussi des subsides annuels de 400.000 € du gouvernement flamand. Son budget annuel d’achat et de restauration d’œuvres, et d’organisation d’expositions temporaires s’élève à 700.000 €. Il emploie 10 personnes, dont le directeur et le conservateur. Dans les années 60, on fonde une association des amis du musée, qui permet l’acquisition de sculptures coûteuses. Les achats successifs d’œuvres constitueront le noyau  d’une collection de sculpteurs français depuis Rodin. Aujourd’hui, l’association « Middelheim Promotors », présidée par l’homme d’affaires Luc Bertrand, offre chaque année 130.000 € au musée.

Une nouvelle ère

images14Cette année, le parc de sculptures a subi une transformation extraordinairement détaillée, dont l’inauguration a eu lieu en mai. Avec un budget de la ville d’Anvers de 2,5 millions d’euros, on a restauré le petit château, le pavillon Braem, les chemins. L’architecte Paul Robbrecht a été une figure de proue dans ce réaménagement. Au menu : nouveau logo, nouvelle boutique – dans l’esprit « museum shop » – aménagée dans le château, ouverture d’une cafeteria avec terrasse, déménagement des bureaux vers le château, acquisitions de nouvelles œuvres monumentales, et agrandissement du parc par l’annexion d’une parcelle voisine.

Ainsi, le parc a été agrandi de 5 hectares, pour une superficie totale de 30 hectares. Il faut compter une demi-journée pour faire l’ensemble de la visite. Sur la nouvelle parcelle, anciennement jardin botanique, on a gardé des haies qui forment comme des petites chambres. Cet espace sera utilisé pour des expositions temporaires. Pour le moment, on a installé dans chaque chambre de verdure une sculpture d’un artiste de la collection permanente. La surprise est derrière chaque haie et c’est délicieux de découvrir, par exemple, « Enveloppe », une sorte de fruit tombé, en bronze, de Tony Cragg ; ou la fleur de lotus noire en textile, qui se gonfle ou se dégonfle au milieu des plantations, de Je Onghwa Choi ; ou les étranges volumes comme tombés du ciel de l’autrichien Franz West. Sur cette parcelle, un pavillon, « Het Huis », dont les parois de métal ajourées laissent passer le vent, des architectes Robbrecht et Daen, accueille des expositions de pièces qui doivent être protégées des intempéries. On peut y découvrir jusqu’au 16 septembre les sculptures – fortes, puissantes – en céramique et en verre de Thomas Schütte. L’artiste expose aussi deux œuvres à l’extérieur.

Toujours sur la nouvelle parcelle, on ne rate pas l’extraordinaire installation de l’artiste gantois Honoré δ’O : un ensemble de cordes partent d’un point au centre d’une clairière, pour rejoindre les branches de plusieurs arbres. Un mouvement induit par un petit moteur fait se soulever doucement, comme dans un bercement, chaque corde.

Nouvelles oeuvres

Les pièces nouvellement acquises sont étonnantes pas la diversité de leur approche. Le bateau d’Erwin Wurm, « Misconceivable », pièce phare de son exposition solo en ces lieux en 2011 : un bateau, courbé, posé sur un muret de pierre, semble se préparer à faire un bond dans le bassin en contrebas. Absurdité, humour ainsi que l’emplacement le long du château et au bord de la route d’accès en font une pièce emblématique qui marque l’esprit des visiteurs et des passants.

url-114Un petit pont – une commande du musée – de l’artiste chinois Ai Wei Wei : son énigme se livre lorsque vous essayez de le traverser. La surface de bois est faite de pièces de bois exotique découpées selon les contours de la Chine… pas facile à traverser… finement subversif.

Le bassin « Poëzie » de Philippe Van Snick, au pourtour de briques rouges et au fond recouvert de galets noirs. S’y joue une délicate symphonie de petites bulles d’air, en un rythme toujours changeant. Ainsi que le gigantesque et majestueux « Bidon Bleu » du Suisse Roman Signer : résultat d’une action unique de l’artiste, qui lança du haut d’une rampe de 50M de haut un bidon de métal qui alla s’écraser au centre d’un cube de béton, sorte de réceptacle définitif.

On pointe aussi la présentation sélective faite par le duo de créateurs de mode Bernhard Willhelm and Jutta Kraus, dans l’exquis pavillon construit en 1971 par l’architecte anversois Renaat Braem. Des petits formats d’Alberto Giacometti, Jean Arp, Wim Delvoye et d’autres, extraits des réserves du musée, trop fragiles pour être exposés en plein air, y reçoivent les honneurs dans une scénographie étonnante faite de socles, arbres et bancs de bois brut.

Les classiques

Au centre du parc, dans la partie historique, on retrouve avec un plaisir immuable « Le Roi et la Reine », d’Henry Moore, « L’âge d’airain » et le « Balzac » de Rodin, Permeke, Maillol, Renoir, Marino Marini, Rik Wouters ou « L’ours » de Pompon… comme une balade au milieu de l’histoire de la sculpture moderne. Plus loin, un labyrinthe de briques de Kirkeby, puis un vrai cimetière de sculptures urbaines, qui ressemble à une installation contemporaine. Et l’étonnant mikado géant de Chris Burden, « Beam drop Antwerp » : 100 poutres de métal jetées dans un carré de béton liquide, en 2009…. Des œuvres des années 70, comme la belle et rouge « Odyssey », de Rosenthael, le réseau de métal, « Double Progression vert et blanc », de Soto…

On prépare son parcours sur le site www.middelheimmuseum.be, qui, malheureusement, n’est que en néerlandais et en anglais.

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