L’art au cœur (de Bruxelles)

La Belgique compte le nombre le plus élevé de collectionneurs d’art contemporain par habitant. Le collectionneur belge n’a pas l’esprit chauvin, sa préférence ne va pas forcément à un artiste belge et il cherche à constituer une collection internationale. Les galeries étrangères ne l’ignorent pas. Elles seront nombreuses à participer à Art Brussels, devenu un lieu de rencontre incontournable. A Bruxelles, pôle européen de l’art, du design et de la mode, de nombreux talents étrangers se sont installés et des succursales de galeries étrangères y sont régulièrement ouvertes. L’image de Bruxelles en tant que capitale de l’Europe prenant à coeur la culture et l’art s’en trouve d’autant plus renforcée.

Karen Renders, directrice de Art Brussels depuis 1997 :

« La foire existe depuis 1967, c’est la plus ancienne foire d’art contemporain en Europe. Alors nommée la Foire d’Art Actuel, elle était organisée par une association de galeristes, de manière bénévole, à côté de la gestion de leur propre galerie. Elle accueillait 3000 à 5000 visiteurs. Elle avait une excellente réputation, mais restait très confidentielle. En 1997, celle-ci a été reprise par Artexis, société organisatrice de foire. Nous avons alors défini des objectifs clairs, un profil précis de galerie, belge et internationale. Depuis la fin des années 90, avec le boum du secteur, la foire a pris une place de plus en plus importante dans le paysage de l’art contemporain.

Aujourd’hui, nous attendons 30.000 visiteurs. Pour les visiteurs et collectionneurs c’est l’occasion de découvrir en un seul lieu 170 galeries belges et internationales. Nous présentons 24% de galeries nationales, ensuite, viennent les Français (14%), les Allemands (9%), les Anglais (9%) et les Américains (8%). Les nouveaux venus de cette année sont le Chili, le Brésil, les Émirats Arabes Unis, l’Inde et la Turquie. La foire est organisée en trois zones.  La zone Gallery, réservée aux galeries confirmées. La zone Young Talent, qui regroupe les jeunes galeries et galeries semi confirmées qui proposent des artistes qui ne sont pas encore des valeurs établies. La zone First Call est réservée aux galeries qui n’ont pas encore participé à la foire et qui présentent un programme prometteur.

Au niveau organisationnel, nous bénéficions des services horizontaux de Artexis, qui organise plus de 24 salons par an, donc Eurantica, Antica Namur, Bois et Habitat. Nous sommes une petite équipe de 5 personnes dédiées à Art Brussels. Durant la foire, nous engageons une vingtaine de jobistes qui s’occupent de la logistique, de l’accueil. »

Albert Baronian, galeriste, président de « Art actuel » de 1985 à 1997 et membre du comité de sélection de Art Brussels :

J’ai été membre du comité organisateur de la foire dès 1975. Nous avons toujours eu une belle aura qualitative, reconnue à l’international, mais nous manquions de professionnalisme. En revendant la foire à Artexis en 1997, nous avons gagné en capacité de gestion. Ainsi, Artexis a emmené son savoir-faire technique : construction des stands, négociation avec le Heysel… et son savoir-faire en communication : publicité, relations avec la presse… Contractuellement, il a été fixé que nous, galeristes, gardions la main mise sur la sélection. C’est très important. Le comité de sélection, constitué de Belges mais aussi de Français, d’Anglais…  sont des galeries qui participent depuis longtemps à la foire. Tout le monde se connaît. On peut dire que le comité lui-même se constitue par réseau et estime mutuelle. Nous veillons à avoir des « vieux », comme moi et de très jeunes galeristes. Depuis 10 ans, la foire a pris une autre dimension, très qualitative et ouverte sur le marché international, qui a explosé. Nous sommes en effet aujourd’hui considérés comme la 5ème meilleure foire mondiale, après Bâle (Art Basel), Londres (Freeze), Miami (Bâle Miami) et Paris (Fiac).

Le point de vue des galeries

Pour la galerie Sorry We Are Closed, la foire est l’occasion de monter une exposition thématique et de commissionner certains artistes une année à l’avance. Cette année, troisième année de participation, le sujet est « Big Clown Show » et présentera des artistes comme Wim Delvoye, Cindy Sherman ou Ulla Von Bandenbrug, ainsi qu’un James Ensor issu d’une collection privée. Sébastien Janssen : « Pour un stant de 50M2, il faut compter 16.000 €. A cela, il faut ajouter le transport des œuvres (5000 €), le logement et le transport des artistes invités, pour un total de 25.000 euros. Le but de la foire est de me faire connaître, de créer une dynamique avec un projet spécial et bien évidemment de vendre. Sur la foire, nous sommes sûrs de retrouver tous les clients habituels de la galerie, ainsi que de nouveaux clients, belges et internationaux. »»

Même son de cloche chez Twig Gallery, toute jeune galerie (un an d’existence) spécialisée dans les jeunes artistes américains et qui présente un solo show de Nathaniel Robinson. « Le public que nous rencontrons au moment de la foire est très international : il y a beaucoup d’Italiens, d’Allemands, de Danois, de Suédois. Cette visibilité est très importante pour nous. »

Nathalie Obadia, de la galerie du même nom, basée à Paris et Bruxelles, explique : « Art Brussels est le moment de faire des ventes directes mais aussi des contacts pour des ventes à long terme. Cela fait 10 ans que nous y participons. C’est dynamique et c’est devenu un pôle important pour les collectionneurs européens et pour les directeurs de musées et les commissaires. Ceux-ci n’hésitent plus à se déplacer à Bruxelles, puisqu’ils peuvent y prévoir un circuit entre les galeries en ville, la foire, le Wiels et la Fondation Boghossian. Nous aurons cette année un stand de 75 M2 et un budget total de 35.000 €.  Les œuvres présentées sont une sélection des œuvres des expositions passées et futures dans nos deux galeries. »

Jérôme Jacobs, de la galerie Aeroplastics : « Nous participons à la foire depuis 1996. Nous essayons toujours de montrer beaucoup de choses car nous avons un panel large d’artistes. Nous pévoyons un accrochage événementiel, avec une ambiance. Cette année, Leopold Rabus fait un solo show sur la moitié de notre stand. Nous ne participons pas systématiquement à d’autres foires, mais celle-ci est importante pour nous puisque c’est dans notre ville. Il y a toujours une expo à la galerie au même moment. Cela nous permet de balader nos invités internationaux de la foire vers la galerie. Notre budget total est de 25.000 euros. »

Pour une galerie internationale comme Galeria Continua, basée en Italie, en France et à Pékin, le budget sera augmenté du transport international des œuvres, ainsi que du logement et des vols pour l’équipe. La toute jeune galerie Isabelle van den Eynde de Dubaï participe pour la première fois à Art Brussels. C’est un moment important pour celle-ci d’avoir été sélectionnée. Isabelle van den Eynde, Belge expatriée aux Emirats Arabes Unis, revient donc dans sa ville pour présenter des artistes moyen-orientaux dont elle s’est fait la porte-parole.

Une dernière question à Albert Baronian :

Que faire de ce caractère exclusif de la foire qui pourrait rebuter un visiteur lambda, ni collectionneur, ni amateur éclairé?

Ce n’est pas la foire elle-même mais l’art contemporain qui a ce caractère. Bien évidemment, nous cherchons toujours à ouvrir la foire au plus large public possible. Il y a des visites guidées qui sont organisées de stand en stand et les galeristes sont toujours prêts à donner des explications. Nous sommes sur la foire pour faire des affaires mais nous avons aussi le souci et le désir de diffuser du savoir et de la culture. L’art contemporain c’est un langage, des codes, une grammaire à étudier, à observer. L’œil se forme, comme l’oreille pour la musique, ou la mémoire. Il faut aller voir.

Art Brussels
Du 28 avril au 1er mai 2011
Brussels Expo
www.artbrussels.be

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