L’alchimiste

Visage fin, pommettes hautes, yeux rieurs dans lesquels passe parfois une ombre, joues creusées, nuque tendue.  Silhouette mince et juvénile, stature puissante et forte d’une déesse-mère, un peu sorcière, les pieds bien plantés, le cœur au bord des lèvres. Pleins et creux, arrondis et vides, lisses et blessés, se font langage sur le corps même de Catherine François. Car ce qui saute aux yeux, formellement et émotionnellement, c’est que cette artiste est un filtre, un tamis à énergies – bonnes ou mauvaises, une alchimiste.

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Cette artiste et sculpteur a une histoire personnelle à la fois terrible, violente et joyeuse, où se côtoient la maladie, la mort, le deuil, le couple, la naissance, la maternité. Les souffrances physiques, émotionnelles et morales ont fait d’elle une éponge, capable d’infuser ce qui se passe autour d’elle : la nature, qu’elle rencontre dans le grand jardin qui entoure sa maison bruxelloise ou durant ses voyages dont elle ramène pierres, coquillages, graines. Puis, l’environnement émotionnel de la grande tribu des humains. Ainsi, canal d’énergie, Catherine François fait circuler au travers d’elle-même les énergies sombres et claires du monde.

Née en 1963 à Bruxelles, elle a un parcours d’études classique. Pourtant, elle va tous les soirs à l’Académie et dessine. Il y a 20 ans, elle commence à réaliser des portraits au pastel des enfants de ses amis. Succès immédiat. Continuant sur le thème du visage, reflet de l’âme, et riche de la découverte du musée de la folie du Dr Guislain, à Gand, elle se passionne pour la psycho-morphologie. Elle modèle en terre glaise des « gueules » folles, hurlantes, en colère.

Au fil du temps, son travail s’est fluidifié. L’artiste a rassemblé ses pensées, elle tend à conceptualiser sa pensée, pour la transmettre plus clairement. Aujourd’hui, l’artiste se décrit comme « une petite main qui passe par là et exprime».  Sa démarche est devenue de faire passer le message de la nature souffrant sous le joug de l’homme, mais aussi de la plénitude de celle-ci et de sa permanente renaissance.

Pour sa deuxième exposition dans le magnifique jardin du musée Van Buuren, les volumes déployés sont devenus presque abstraits, même si pour chacun d’eux, se raconte une genèse très précise. Ainsi « Feedback », une double coque trouée à la charnière, une forme qui parle de circulation de flux, d’énergie retrouvée, de retour à la vie. On peut y voir deux molécules s’alliant, une double oreille, une roche érodée par l’eau… ça se déploie en quelque chose de lumineux, ouvert, fluide, puissant.

Ainsi « Mada », une étrange graine d’arbre rapportée de Madagascar, reproduite en très grand, en trois versions, de plus en plus trouées, rongées. Une symbolisation de la fragilité.

La puissance du travail de Catherine François tient beaucoup aux allers-retours qu’elle propose entre deux pôles : joie et angoisse. Douleur et sérénité. Tension et apaisement. Pleins et creux. Quête et voyage abouti…

Energie
Catherine François
Jardins du Musée van Buuren
Bruxelles

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