En laissant le village de Saint Paul de Vence sur la droite, montez la petite route sur la gauche, entre les pins odorants. A vrai dire, ça sent aussi la fleur d’oranger, le thym et le romarin. Voici la fondation Marguerite et Aimé Maeght, un gracieux bâtiment surmonté de deux ailes de béton et entouré d’un jardin clos. Premiers pas dans le jardin de sculptures. Le lieu est mythique. Toute l’histoire récente de l’art s’y trouve. Sur l’herbe, des Calder, Miro, Bury, Arp… En écho, on entendrait presque encore les voix de ces artistes qui ont accompagné la création ce lieu et créé des oeuvres in situ.

En 1955, Aimé Maeght est un brillant marchand et collectionneur parisien. Le stock de sa galerie compte plus de mille cinq cents tabelaux. Ne pouvant en montrer que quarante ou cinquante à la fois, il cherche une solution. En visitant le nouvel atelier de son ami Miro à Palma de Majorque, il est impressionné par la beauté du lieu et l’aspect fonctionnel de l’édifice dessiné par l’architecte José Luis Sert. C’est avec celui-ci qu’il tracera les grandes lignes d’une “galerie idéale”. Ce sera à Saint-Paul, juste à côté de la propriété familiale – le mas Bernard, du nom de son fils disparu. Un lieu plutôt audacieux puisque les affaires culturelles se passaient alors plutôt à Paris. Lors du débroussaillage des bois sont exhumés les vestiges d’une petite chapelle qui se révèle dédiée à Saint Bernard. Marguerite et Aimé Maeght y voient un signe troublant.

José Luis Sert va articuler les différents bâtiments autour de cet édifice réédifié, comme les maisons d’un village traditionnel autour d’une église.Tous les artistes de la galeries, mais aussi les poètes et les proches se passionnent pour le projet et donnent leur avis. Chaque artiste maison aura son espace et se l’appropriera. Chagall veut une salle pour exposer un seul tableau monumental, Giacommetti veut un espace plus intime, Braque et Ubac dessinent les vitraux et le chemin de croix de la chapelle… Les travaux débutent en septembre 1960. Alberto et Diego Giacometti prennent en charge les luminaires, le mobilier en bronze, les poignées de portes. Braque dessine des poissons en mozaïque pour le fond d’un bassin. Miro crée un labyrinthe pantagruelique, semé de sculptures en marbre, béton et céramique.

En juillet 1964, c’est André Malraux, alors sécrétaire d’Etat à la Culture, qui reçoit des mains de la famille Maeght les clés de la fondation et honore le lieu d’un discours brillant. Chagall murmure : “Je suis très ému et je pense que quelque chose de fantastique se produit ce soir. Ce n’est pas un musée, c’est autre chose et seul Maeght pouvait faire cela.” Yves Montand et Ella Fizgerald chantent au cours de la soirée.

Cet amour des arts, l’amitié qui prévalut à la création du lieu, toute cette brillance et cette érudition, c’est peu de dire qu’on la sent encore quand on pénètre religieusement dans ce lieu d’exposition et de mémoire. Ce n’est pas un musée, ce n’est pas un palais, c’est un lieu pour les créateurs. Le projet initial comportait le double de la surface de 900 m2 avec trois ateliers pour recevoir des artistes en résidence et deux ateliers techniques de céramique et d’impression. Ceux-ci furent hébergés dans deux maisons sur la propriété voisine des Maeght, car le permis ne fut pas obtenu. Aujourd’hui, un atelier de gravure et d’estampes reste actif  et les artistes sont logés au village.

Reconnue d’utilité publique, la fondation a pour but de recevoir, acquérir, restaurer, conserver et exposer au public des oeuvres. Elle donne aux artistes la possibilité de se rencontrer et de travailler ensemble. Adrien Maeght, fils de Marguerite et Aimé, préside le conseil d’administration de la fondation, qui réunit des personnalités, des représentants de l’Etat et des musées nationaux ainsi que des membres de la famille. Olivier Kaeppelin, qui initia le projet de restructuartion et d’ouvertire des sous-sols du palais de Tokyo, à Paris, en est le directeur depuis un an.

La Fondation emploie 22 personnes l’hiver et 30 personnes l’été. Elle vit à 95 % sur ses recettes propres, complétées par du mécénat. Ses ressources viennent à 77% de la vente des tickets d’entrée , s’y ajoute la location des locaux pour des événements privés et la vente d’expositions clé en main.  Une politique d’acquisition d’oeuvres est active au travers de la Société des Amis de la Fondation, celle-ci recevant aussi des dons de collectionneurs et d’artistes. La plupart des créateurs qui exposent lors d’un solo show laissent une oeuvre sur place. Pour assurer la pérénnité du lieu et augmenter sa surface, un projet de creusement dans la roche sous le bâtiment est en cours, pour y créer un espace supplémentaire qui comprendrait une salle de projection.

 

url-113En sus de l’exposition de sculpture permanente des les jardins, un accrochage de quelques oeuvres de la collection permanente est à voir dans la grande salle et change tous les 6 mois.  Ainsi, aujourd’hui, dialoguent un somptueux Vuillard, Léger, un Chagall lyrique et narratif, puis Gasiorowski. Dans les autres salles, sont organisées 4 expositions temporaires annuelles.  Après Gasiorowski, c’est Fabrice Hyber qui y est à l’honneur jusque janvier 2013. Autour du bâtiment central, la cour Giacommetti est bordée d’un bassin qui ferme l’espace vers les pins. Sur les toits, entre les deux ailes de béton peints, une terrasse donne sur les étendues de bois jusqu’à la mer. Arrêtez-vous au restaurant, ne fut ce que pour vous asseoir sur les chaises de bronze créées par les frères Giacometti. Le labyrinthe de Miro, au sol de gravier clair, la tour ornée de céramiques colorées, la chapelle,  la sublime bibliothèque par la fenêtre de laquelle on aperçoit “l’Arc” en béton de Miro,  les bassins de mozaïque bleue, la brique rouge des murs, les délicats claustrats, la pierre sèche des murets qui entourent la propriété… tout est juste, précis, chargé d’histoire récente et émouvant. Un pélérinage.

Fondation Maeght
Ouvert tous les jours
www.fondation-maeght.com

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