Tout est son pour Charlotte Charbonnel. Le silence inclus. Jeune artiste née à Maubeuge en 1980, elle a choisi pour la Verrière Hermès de donner à ce silence la forme paradoxale d’un instrument de musique géant. Indéfinissable – entre méga-harpe, guitare, avatar d’alto, violon sans coffre, contrebasse sans carapace, violoncelle – il s’agit d’un prisme à quatre faces, pointe en bas, empreinte inversée du toit pyramidal en verre de la Verrière. Il est formé de centaines de cordes. Au centre des cordes, une sphère de verre. Les cordes, évidentes, des instruments de musique sont mêlées à des fils de nylon, à du crin, à des boyaux, à des filins, à des câbles d’acier, à des matériaux utilisés en architecture, pour le sport, l’étendage…

« Il est important, explique l’artiste, de mélanger et de faire dialoguer des cordes différentes afin de créer un trouble sur la nature sonore des éléments que l’on perçoit. Tout l’espace étant transformé ainsi en une œuvre sonore gigantesque et silencieuse, la matière même des cordes en tension évoque un cri sourd. » Cependant, le visiteur peut délicatement perturber les cordes pour générer du son. Imaginez que vous êtes petite souris dans un immense instrument de musique. Vous pouvez pincer une corde, titiller un câble, et tester ainsi les sons sourds qui en sortent. A plusieurs « musiciens », le résultat n’est pas la cacophonie mais bien une étrange harmonie, un assemblage de vibrations qui provoquent l’échange de regards voire de sourires entre les différents joueurs. A chaque moment, les visiteurs créent un nouveau rythme et une autre musique.

L’installation, légère et monumentale, comme peignée, innervée, provoque une sensation de calme feutré et d’harmonie. Des vibrations positives que Charlotte Charbonnel, diplômée de l’École nationale supérieure des arts décoratifs de Paris, impressionnée par ses voyages en Inde et en Islande, parvient à créer dans les lieux où elle intervient. L’an dernier, pour sa première exposition personnelle « Rétrovision » à la Maréchalerie de Versailles (France), elle a présenté quatorze plaques de verre découpées irrégulièrement et suspendues à un mètre du sol : du verre « pour sa manière de réverbérer, de résonner, de filtrer et de déformer l’environnement », et des plaques instables pour suggérer des ondes. Une impression de grand lac ou de glacier, une vision un peu froide mais pleine de poésie.

Charlotte Charbonnel est une tête chercheuse à l’écoute de la polyphonie des matières, du chant des étoiles et de celui des dunes. Son travail s’inscrit dans l’onirisme et le mystère des évolutions du monde naturel et scientifique.
Capturer un nuage, pédaler pour faire lever le soleil, entendre le bruit du vent et celui de la neige, écouter le bruit de la matière et des éléments… Son souhait : nous impliquer dans ses explorations et repousser les limites de la perception. Belle vision, proposition pleine de sens (et de sons).

Charlotte Charbonnel
La Verrière Hermès
Bruxelles 

Paru en 2011 dans L’Echo

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