Francis Alÿs, un voyageur

Au Wiels s’est ouverte la rétrospective d’un des artistes actuels belges les plus intéressants. Francis Alÿs est né en 1959 en Belgique. Il vit et travaille à Mexico. Au travers de ses œuvres picturales, dessins, installations et videos, on découvre sa manière d’être présent au monde. Alÿs, avec une grâce de dandy, se promène dans la ville et dans le monde, et y pose des gestes, marquant d’un trait souvent très étudié les « détails » de vie qui le touchent pour proposer une perception délicate, souvent pessimiste et poétique à la fois de son environnement.

Fransi Alÿs vit à Mexico depuis les années 80. Il s’y est installé en des temps politiques troublés. Il a commencé par y prendre des photos de chiens errants endormis et de vendeurs ambulants, consignant ainsi l’ingéniosité du quotidien dans une grande ville. Dans ses videos au charme souvent onirique –dont 18 à voir ici- , se déploie l’absurdité voire l’inutilité des choses, confrontées à la beauté du geste d’un artiste.

 

alys6Ainsi « Patriotic Tales » est construite à partir d’un événement politique datant de 1986, lorsque les fonctionnaires de la ville de Mexico ont été contraints de déambuler comme des moutons dans la ville pour prouver leur soutien au gouvernement alors qu’ils avaient comme seule envie de protester contre leur asservissement. On y voit, autour du drapeau planté au centre de la place El Zocalo, un troupeau de moutons qui marche en ligne derrière la silhouette longiligne de Alÿs : se dégage une absurdité douceâtre, et l’on est transporté par la beauté des images en noir et blanc.

c131052d37fed4454faa59bff35d72b0_id2232123_img_0080vc_00yeje_0Dans la vidéo « Reconstitutions », il est entré chez un armurier, a acheté un revolver et l’a porté de manière ostentatoire jusqu’à se faire arrêter. Le lendemain, il reconstitue et rejoue toute la scène, cette fois-ci avec la complicité de la police. Les deux « mises en scène » sont présentées en deux films projetés conjointement, et s’y découvre le sensationnalisme réel et violent, ou faux et presque cinématographie. Qu’est-ce que la réalité ? Qu’est ce que la violence ? Comment vit-on cette violence dans une ville comme Mexico ? L’absurde ressemble-t il tant au réel ? … Voilà toutes les questions qu’Alÿs propose ici.

 

Pour l’exceptionnel « Ligne Verte », Alÿs transporte un pot de peinture verte coulant le long de la frontière de l’armistice tracée à Jérusalem en 1948 par Moshe Dayan, entre Israël et la Jordanie. On voit l’artiste marchant d’un grand et large pas, le pot de peinture dans une main, un filet vert s’échappant, une ligne se dessinant sur le sol. Il m

arche, rien ne l’arrête. Malgré l’absurdité palpable de cette action, sous les regards étonnés des habitants, la trace de peinture verte marque le sol et les esprits. Alÿs s’interroge ici sur la force d’une action poétique dans une situation politique très tendue. Une légèreté pleine de gravité émane de cette vidéo. A ne pas manquer.

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Le travail d’Alÿs trouve régulièrement son origine dans un geste simple, produit de sa main, décliné sur une grande diversité de médias, en un déploiement qui semble sans fin.

Dans l’exposition, les dessins préparatoires, croquis sur calques, plans et photos de repérage font partie intégrante de la compréhension de l’œuvre. S’y plonger, c’est découvrir qu’Alÿs est un promeneur, un voyageur, un marcheur, un voyeur et un poète, surtout.

Francis Alÿs
« A Story Of Deception »
Bruxelles

Paru dans L’Echo en 2010

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