Exceptionnels Flamands

Aujourd’hui s’ouvre à l’Hermitage d’Amsterdam une remarquable exposition présentant les peintres flamands issus des collections du musée de l’Ermitage de Saint Petersbourg. Rubens, Van Dyck, Jordaens et d’autres peintres sont mis à l’honneur au travers de 75 tableaux et une vingtaine de dessins, dans une scénographie fraîche et aérée qui permet de découvrir des œuvres qui sortent parfois pour la première fois de Russie.

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Elle avait du goût et disposait de moyens considérables, sans compter le pouvoir et une grande détermination. Voilà les ingrédients, qui, il y a près de 250 ans, ont permis la réunion d’un nombre impressionnant d’œuvres de maîtres flamands d’une qualité incomparable. Cette collectionneuse, c’était Catherine la Grande. Elle cherchait à créer une galerie de peinture, pour magnifier son image. Elle se lança sur le marché de l’art avec enthousiasme et un sens aigu du timing. Aidée par des connaisseurs et des personnes influentes, elle fit l’acquisition d’importantes collections d’art européen occidental. A commencer par celle du marchand allemand Gotzkowski en 1764. Très vite, elle poursuivit avec la collection du comte Heinrich von Brühl. La collection de Catherine connaît une croissance exponentielle, jusqu’à devenir plus tard un élément clé des collections du musée de l’Ermitage, à Saint-Petersbourg. La plupart des tableaux présentés dans l’exposition sont issus de ces collections.

Amsterdam

Dans la grande salle centrale de cet ancien hospice transformé en musée en 2009, les grands formats sont disposés presque les uns contre les autres, en un ensemble remarquable, dans un vertige de virtuosité et de couleurs. On remarque les cadres presque tous identiques, Nicolas II de Russie ayant entrepris d’unifier les encadrements de ses collections. Voici « L’Union de la Terre et de l’Eau » et une « Descente de croix », de Rubens. Dans le premier tableau, les chairs tendres et rosées de la déesse Terre répondent avec force sensualité et mouvements gracieux à celles, sombres et musclées, de Neptune. Dans l’autre, on retrouve le même traitement de la peau, le même baroque dans les postures et les expressions du visage, pour un sujet plein de tragique.

Rubens a été le plus important et le plus influent des peintres flamands du XVIIè siècle. Il dirige avec brio un grand atelier de peinture, mais est aussi, dans la société de son temps, un patricien de bonne compagnie, un fin diplomate et un grand collectionneur. Bref, un véritable « Homo Universalis » dans ce siècle précurseur des Lumières. On peut d’ailleurs voir ici un « Portrait de Rubens et de son fils Albert », par un de ses élèves : gentilhomme au beau costume de velours sombre, le regard vif et clair, il se tient droit et fier, son fils sur la gauche, un large rideau cramoisi à l’arrière-plan lui faisant comme un panache au-dessus de la tête.

Très visible dans les 17 tableaux de Rubens présentés ici, sa propension baroque à des compositions dont l’axe principal est une diagonale qui traverse la toile de haut en bas. Cette manière donne à chaque fois une scène pleine de vie, puisque tous les personnages sont dans une posture assez dramatique, au bord du déséquilibre, comme figées souplement dans un instant capturé.

 

Anthonie Van Dyck fut l’élève de Rubens, dont il intégra l’atelier comme salarié, à l’âge de 16 ans et pour trois années. Ensuite, dès 19 ans, il développe avec talent les merveilleux portraits qui le font connaître. Il deviendra le peintre de cour du roi d’Angleterre et se construira une large clientèle d’aristocrates. Dans une composition toujours très verticale, comme pour bien planter ses personnages, il peint des visages à la carnation toujours subtile : des roses et des jaunes pâles, du blanc bleuté ; surmontant de somptueux atours : robe, armure, costume de velours… multiples occasions de montrer son génie à rendre les matières : taffetas de soie, dentelles, métal, nacre des colliers, velours… Chaque visage possède sa propre expression, et tout ce dit dans la forme des paupières, celle du nez, l’arrondi du bas du visage, la position des mains. Un remarquable « Portrait de famille », réalisé à 20 ans, se distingue par la virtuosité de la technique et la délicatesse de la représentation des personnages : trois visages expressifs, celui du père, mince, le regard un peu inquiet, celui de la mère, rond et doux, celui de l’enfant, tourné vers l’arrière… trois paires d’yeux  qui jaillissent de la toile et regardent le spectateur – une touche de blanc sur chaque pupille -. La dentelle blanche des cols et des poignets ne semble être là que pour mettre en valeur les visages.

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Le troisième grand maître de l’Ecole flamande est sans conteste Jacob Jordaens. S’il ne fut pas l’élève de Rubens, il en subit néanmoins l’influence. Ses imposants tableaux illustrent avec brio la vitalité et la gaieté de la vie flamande. Ainsi, l’étonnant « Festin de Cléopatre », où l’on voit une Cléopatre aux cheveux clairs et aux formes généreuses et très flamandes, entourée d’une galerie de personnages aux mines grimaçantes, dans un tourbillon joyeux et allégorique. Dans son « Portrait d’une famille allégorique », une plantureuse épouse, les seins jaillissants d’un plissé désordonné, est entourée de l’amour Cupidon, de son époux  et de sa sœur. La présence de Cupidon, visant avec sa flèche la poitrine de la jeune femme et de quelques détails symboliques, permettent de penser qu’il s’agit d’une illustration allégorique des fiançailles ou du mariage. Le perroquet, occupant une place centrale sur la main de la mariée, symbolise la fidélité des époux.

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Toujours dans la grande salle un tableau très particulier, le « Concert des oiseaux », de Frans Snijders, sorte de catalogue de 27 oiseaux et une chauve-souris, qui permet à l’artiste de mettre en avant la virtuosité de sa technique picturale.

Dans les galeries adjacentes, quelques remarquables dessins, ainsi que quelques exemples de la tradition flamande de la représentation du paysage et de celle des scènes historiques.

On pointe encore quelques magnifiques natures mortes, dont une de Jan Fijt, « Fleurs, fruits et perroquet », dont les tulipes et les roses rouges, sur le point de faner, répondent, dans le mouvement indolent de leur tige, aux grappes de raisins et aux abricots encore accrochés à leur branche. Pas morte du tout non plus la « Nature morte avec raisins » de Jan Fijt, avec ce grand plat en céladon, débordant de raisins, de pêches et de grenades, dans un chatoiement luxuriant de rouges et de jaunes. 

Rubens, Van Dyck & Jordaens
Les peintres flamands de l’Ermitage
Hermitage Amsterdam
www.hermitage.nl

Paru en 2011 dans L’Echo

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