Eloge de la solitude

Tranquille, posée et mystérieuse, une jeune femme à la peau pâle, portant chapeau rouge et écharpe texturée, tient entre ses mains une sorte de vase. Son visage est triste et son regard un peu perdu. Vaguement souriant, un cavalier à chapeau vert se tient assis bien droit sur un cheval. Son geste vers l’encolure de sa monture semble s’être arrêté il y a juste un instant. Un autre homme, au visage plus énigmatique, porte dans ses bras un chien étrange et ricanant.

Les sculptures de Philippe Brodzki à voir à la galerie Quadri représentent toutes des visages ou des personnages isolés. Ils sont posés là, un peu figés, souvent le regard triste. Parfois dieux et déesses, parfois simples humains. Une grande solitude en émane. Etrange ambiance. Leur stature et leurs formes déploient une esthétique classique. En s’approchant, on découvre les subtils changements de textures qui s’opèrent sur chacune d’elles. Philippe Brodzki a étudié la céramique avec Mirko Orlandini. Il travaille la terre blanche avec une grande passion. Quoi de plus simple comme matériau, explique l’artiste. Ses sculptures sont cuites et émaillées selon des techniques ancestrales et inchangées. On sent un grand savoir-faire qui réjouit l’œil. Telle partie d’une pièce est laissée non vernie mais est enfumée à la sortie du four. Le résultat est une belle matière d’un brun profond. Telle autre partie est émaillée selon la technique du Raku. Le four est comme un autre intervenant, explique Brodzki avec délectation. C’est toujours une surprise quand la pièce en sort.

url-1Sur un triple buste – Trois têtes, de plus en plus petites et posées l’une sur l’autre – le raku a créé de belles craquelures qui traversent les visages et augmentent leur mystère. Sur une grande pièce enjouée, un homme à la peau claire, lisse et mate chevauche un poisson vernissé d’un très beau vert brillant. On retrouve dans les œuvres de Philippe Brodzki de nombreuses inspirations: les personnages de Piero della Francesca à la Renaissance, en passant par les maîtres nippons du Raku ou l’art de la statuaire asiatique.

Aux murs, dans un compagnonnage très intéressant avec les sculptures de Brodzki, on peut voir 25 aquarelles sur papier de Jacques Calonne, datant des années 50 à 80. Lié à Christian Dotremont, il participe à l’aventure Cobra en 1949 avec des objets dadaïstes puis se lance dans la prose et l’aquarelle. Musicien de formation, Calonne fait danser son pinceau sur le papier, parfois sur une partition, parfois sur un papier froissé. C’est un air ou une écriture légères. C’est un poème organique ou une calligraphie chinoise. C’est justement cette calligraphie d’inspiration asiatique qui est le point de contact avec les pièces hiératiques de Brodzki.

Philippe Brodzki : céramiques récentes
Jacques Calonne : aquarelles des années 50 à 1980
Galerie Quadri
Bruxelles

Paru dans L’Echo en septembre 2010

A propos de l'auteur

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef et journaliste
"On écrit bien sur ce qu’on aime. J’aime admirer des œuvres. Chaque artiste ouvre sur notre humanité, notre universalité. Cela me touche à chaque fois. Plus j'en découvre, plus mon appétit pour l’art augmente et mon oeil s'exerce ... Plus je ressens l'art, plus je comprends l’humain."
Muriel de Crayencour est journaliste et plasticienne. Elle a rédigé des chroniques, critiques et reportages sur les arts visuels durant 5 ans dans L'Echo. Elle est journaliste culture pour M... Belgique Elle a créé le magazine Mu in the City en janvier 2014.

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