Dublin calling – Strates et sous-couches

Dublin callingrubicon_futureperfect_brussels_braveworld_2013

Rubicon est une galerie irlandaise basée à Dublin, qui a participé durant plusieurs années à la foire Art Brussels. Cette année, profitant de la présidence de la Communauté européenne de l’Irlande de janvier à juin, la galeriste Josephine Kelliher a choisi de présenter ses artistes non pas sur la foire, mais dans une version plus “slow-motion”. Elle a repris, de mars à fin mai l’espace laissé vide de la Twig Gallery, et y a présenté deux expositions. Dans le même temps, elle a invité ses artistes à séjourner à Bruxelles pour rencontrer les collectionneurs chez elle ou dans sa galerie. Une manière créative d’être à Bruxelles en même temps que de nombreux  aficionados de l’art actuel.

“‘O Brave New World” est donc le deuxième accrochage. On y découvre les tentatives de plusieurs artistes à déployer leur propre description de ce qu’est l’art contemporain. Les dessins, peintures, sculpture, installations sont leurs sentiers tracés dans des contrées à découvrir. Leurs langages sont fascinants. Une importante installation sonore de Liam O’Callaghan occupe le centre de la galerie, avec des tourne-disques qui démarrent chacun à leur tour, faisant entendre une mélopée de plus en plus cacophonique. Les grands toiles colorées (huile et collages) de Patrick Michael Fitzgerald sont les topographies d’un monde rêvé. Les somptueux dessins de Magnhild Opdol représentent un crâne de cerf recouvert de mousse et de lichen. Deux règnes s’y croisent: l’animal et le végétal.  C’est le cas aussi dans les toiles et collages de Blaise Drunmond. On pointe la série des différentes pochettes de disque – la symphonie du Nouveau monde de Dvorak, retravaillées (le texte est effacé, seule l’image reste) de Tom Molloy, qui extrait une poésie triste de ces objets usuels. De belles propositions. A voir.

‘O Brave New World
Rubicon Projects Brussels
Bruxelles

Strates et sous-couchesCarmen_Perrin_02

Carmen Perrin (1953) est une artiste bolivienne qui vit et travaille à Genève. Deux aspects de son travail de plasticienne sont à découvrir chez Keitelman. L’un réalisé à partir de multiples ressorts de métal posés les uns contre les autres, créant une surface. sur cette surface, un mot ou une courte phrase sont écrits par les ressorts qui ont été détendus.

L’autre voie explorée est celle des images imprimées. Réalisant des collages de nombreux personnages connus, réels ou issus de dessins animés, Carmen Perrin utilise ces larges images composées, les imprime en de très nombreux exemplaires sur papier ou sur une matière songieuse. Mis les uns sur les autres en un bloc épais, ils sont ensuite taillés. L’artiste y creuse des cercles concentriques de plus en plus petits, faisant apparaître les couleurs et les images des couches inférieures. Cela devient une sculpture, très colorée, formellement graphique et élégante. Les cônes de papier extraits de cette masse deviennent eux aussi des compositions dont le premier aspect est ludique, mais qui dévoilent tout leur mystère au deuxième regard. On peut dire que Carmen Perrin s’amuse avec des objets récupérés: ressorts, images imprimées, en tirant la substantifique moelle et nous donnant à voir avec une grande  poésie ce qui se trouve derrière, dessous, juste sous une couche de papier imprimé, par exemple. Ainsi, le monde, profond et source d’étonnement, se donne à voir sous des dehors anodins.

Carmen Perrin
Keitelman Gallery
Bruxelles

Paru en mai 2013 dans L’Echo

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