Drôle d’intérim aux musées fédéraux

En novembre 2010, Constantin Chariot passe le concours du Selor organisé pour désigner le directeur des Musées Royaux d’Art et d’Histoire du Cinquantenaire. Il est classé premier ex-aequo avec Michel Draguet. En raison d’un gouvernement fédéral en affaires courantes durant 541 jours, aucune décision n’est prise. Durant cette période, c’est Michel Draguet qui assure l’intérim au Cinquantenaire.

Les nominations à ce niveau de pouvoir sont politiques. Encore faut-il un peu de courage, et surtout une vision claire et précise du rôle des musées dans la ville. En décembre 2011, à la faveur de l’installation du gouvernement Di Rupo, c’est Paul Magnette qui reprend à Sabine Laruelle le portefeuille de la Politique scientifique dont dépendent les Musées fédéraux. Il annule la procédure de sélection, évoquant notamment le dépassement… du délai raisonnable. Exit Constantin Chariot et son projet pour le MRAH.

Magnette installe de fait le directeur intérimaire, Michel Draguet, aux commandes. Celui-ci se retrouve directeur à la fois des Musées Royaux des Beaux Arts et des Musées Royaux d’Art et d’Histoire au Cinquantenaire. Une double casquette intenable sur le long terme. Et l’intérim s’installe dans un terme long, dont on ne connaît pas la fin. Une hégémonie peu démocratique et surtout politiquement peu diversifiée à la tête de nos musées. L’asbl « Musée sans musée », c’est l’action de quelques citoyens et artistes, dont Bernard Villers, qui s’inquiètent de la disparition du musée d’art moderne à Bruxelles, voire des promesses des politiciens sur le sujet.  “Nous sommes vigilants et le resterons tant que ces projets ne se transformeront pas en réalités concrètes. Notre demande n’a pas changé : nous voulons un redéploiement permanent de nos collections du XX° et du XXI° siècles. Nous sommes aussi sceptiques. Nous constatons en effet que les musées publics européens sont de plus en plus soumis à des pressions politiques et marchandes (collectionneurs, marché de l’art, tourisme, sous-traitants… ). Cette double dépendance entrave la liberté et oriente les options des directeurs de musée. La situation actuelle des MRBAB (Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique), tant dans leurs infrastructures que dans la présentation des collections permanentes d’art ancien et d’art moderne, s’inscrit dans un contexte assez général de transformation, voire de dérive. Les musées sont tentés de donner la priorité à l’évènement aux dépens de leurs fonctions de conservation des oeuvres et d’exposition du patrimoine au public. »

Il est intéressant de remarquer que ces dernières années de nombreuses initiatives privées ont vu le jour à Bruxelles, prenant avec à-propos la place laissée vide par les structures institutionnelles. On pense à la Fondation Boghossian, à Maison Particulière et aujourd’hui à l’Institut Lussato. Ces initiatives donnent à voir aux Bruxellois des œuvres d’art dans un cadre précis, protecteur, non marchand. Les objectifs sont clairs. Pas de grands effets d’annonce, mais des objets mis à disposition des visiteurs. La culture n’est pas une marchandise, mais bien un des piliers de toute civilisation au même titre que le politique, le social et l’économie.

Paru en avril 2013 dans L’Echo

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.