Grands formats aux couleurs fortes, matière de la peinture en larges aplats, hachures qui mangent la couleur et font apparaître la couche précédente de couleur… Enoc Perez, originaire de Puerto Rico et travaillant à New York depuis 1986 présente ici une vision passionnante du métier de peintre. Car le bonheur de travailler la couleur transparaît dans ses œuvres présentées à la galerie Obadia.

Les sujets qu’il traite sur de grandes feuilles de papier sont plus que contemporains. Enoc Perez prend des photos de constructions : terminaux d’aéroports, musées, banques, grands hôtels et s’en inspire pour « tirer le portrait » en peinture de ces bâtiments, incarnations de l’optimisme de notre humanité occidentale, de son désir de pouvoir et de permanence et de son orgueil sans limite. Les sujets portent en eux-mêmes leur côté sombre ou sarcastique, qui se mêlent avec le plaisir de faire du peintre, créant une tension intéressante.

Par exemple, « Fontainebleau Hotel Miami » étale du jaune presque fluo par-dessus de l’argent légèrement rosé. On est bien dans le domaine de l’effet de la sérigraphie. Les éléments d’architecture, bien structurés – forcément –, sont le prétexte à donner de la profondeur et de la poésie à une image du quotidien, celle d’un bâtiment presque anodin.

L’artiste réalise d’autres « portraits » au travers de natures mortes aux bouteilles d’alcool, clichés d’un quotidien occidental, inspiré par la publicité. On sent que Perez est inspiré par le travail sérigraphique de Andy Warhol, dont il reprend le processus de superposition des couleurs dans sa peinture. Enoc Perez suit un chemin de fabrication extrêmement lent de reports et de superpositions successives de matières sur le papier. Cet événement de la fabrication transparaît à l’observation de l’œuvre, lui donne de la profondeur et c’est assez réjouissant.

 Enoc Perez
Œuvres sur papier
Galerie Nathalie Obadia
Bruxelles

Naturalia

Jozsa Gallery nous a habitués à son exposition de groupe de début d’été présentant de très jeunes artistes et qui est commissionnée pour la deuxième année à Richard Neyroud. On y découvre de très belles vidéos de Ruth Gòmez, inspirées de la bande-dessinée et de la publicité et montrant une humanité plutôt violente. Ainsi, ce personnage mâchant sans fin un chewing-gum qui contient un autre homme tombé à terre.

Une intéressante série de sérigraphies du collectif Hjort, mêlant corps et motifs végétaux ou psychédéliques : c’est frais, mystérieux et inspirant. On tombe en arrêt devant l’installation de Ruud Van Moorleghem, artiste belge né en 1988 : une longue tresse pend devant un fond de papier peint fleuri. C’est Raiponce ou une autre jeune femme enfermée dans son statut de jeune fille parfaite. A voir aussi, un très beau dessin brodé de fil de couleur d’Anila Rubiku, qui a déjà fait l’objet d’une exposition solo ici et qui représentera l’Albanie à la 54ième Biennale de Venise. Une consécration pour cette artiste albanaise née en 1970.

Naturalia/part 2
Jozsa Gallery
Bruxelles

Paru en 2011 dans L’Echo

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