De la ligne au trait

dustin-5Jolie rétrospective à découvrir au Rouge-Cloître, présentant les multiples facettes du peintre, dessinateur, poète et critique d’art Jo Dustin (1936-2011). Oui, on peut être tout ça… et particulièrement en Belgique, sans doute, ce pays de créatifs de tous bords où la polyvalence ne fait pas peur et ne veut pas dire dilettantisme.

Jo Dustin est un plasticien autodidacte. Dès les années 50, il peint des toiles expressionistes inspirées notamment de l’univers médiéval. Il découvre l’acrylique dans les années 60. Elle devient son médium de prédilection. Il l’utilise sur toile et sur papier. On découvre ici des toiles des années 70, abstraites, rythmées de couleurss subtiles inspirées par un voyage à Florence. S’y retrouve le rose fané des bâtiments florentins, un vert tendre et un blanc cassé. Equilibre formel, recherche d’harmonie, élégance y prévalent.

La peinture sur papier – acrylique ou gouache, qu’il pratique jusque dans les années 90, fait chanter de teintes recherchées, subtiles, et même étonnantes.  Dans des compositions linéaires, faites d’aplats mats, les obliques et les verticales chantent un rythme serein, dégagé de tout message. C’est une pratique méditative, on sent l’artiste qui cherche au travers de son geste à atteindre une tranquilité, une paix. On peut en décourvrir ici de nombreuses, de différentes décénnies.

D’autres gouaches datant des années 80 montre Dustin se confrontant de nouveau à une forme de figuration. Il met en scène des silhouettes découpées en noir, extraites de photographies, ainsi que des éléments typographiques: lettres et chiffres, dans des compositions graphiques, proches de la sérigraphie, qu’il pratique par ailleurs.

A l’étage, place aux dessins de presse. Là, c’est l’énergie de la contestation et la colère qui s’expriment. Le trait de feutre est vif, tendu, spontané. Rien n’est construit, on cherche l’image qui parle, qui transmet. Dustin exprime ses opinons politiques. Dans la même veine, il réalise de très belles affiches sérigraphiées. Il est étonnant de voir que dans ses dessins de presse au trait lâché, spontané, Dustin aime à ajouter des labyrinthes, assemblages de murs stylisés. Symboliquement fort, le labyrinthe sert son propos. Et, fait de verticales et d’horizontales, il fait formellement le lien avec ses oeuvres peintes.

On peut aussi parcourir quelques textes de Dustin, qui rédigea des critiques artistiques de 1980 à 2000, pour “Drapeau Rouge”, puis pour “Le Soir”, “Art et Culture”, la revue du Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, avant de collaborer, les dernières années à un magazine français édité à Nice, “PerformArts”.

Jo Dustin, rétrospective
Centre d’Art de Rouge-Cloître
www.rouge-cloitre.be

Paru en avril 2013 dans L’Echo

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