Comme une porte d’or

url-4De tout temps, l’île de Chypre (un peu plus de 9000 m2) a joué un rôle important dans les échanges entre l’Occident et l’Orient. Sa situation géographie fut pour elle une malédiction autant qu’une bénédiction. Chypre se trouve à l’extrémité orientale de la Méditerranée, au carrefour de trois continents, l’Europe, l’Asie et l’Afrique et a toujours eu une grande importance stratégique pour ceux qui veulent dominer cette mer. Chacune des puissances qui ont dominé cette île y ont marqué la vie politique, sociale et culturelle.

L’exposition « Mapping Cyprus » présente la chronologie de l’histoire mouvementée de l’île, de l’occupation par Richard Coeur de Lion en 1191, jusqu’à l’indépendance en 1960. On peut y découvrir plus de 140 objets, dont de somptueuses icônes, des cartes et des manuscrits rares. La plupart des icônes sortent pour la première fois des églises et monastères chypriotes auxquels elles appartiennent : une « Vierge à l’enfant » du diocèse de Limassol, aux rouges flamboyants, un fier « Saint Mamas », gardien et protecteur de Chypre, chevauchant un lion, les « Archanges Michel et Gabriel », datant de 1500…

Chypre est en contact avec l’Europe depuis l’Antiquité, mais la relation s’est intensifiée au cours du Moyen-Âge. Richard Cœur de lion rétrocède l’île à Guy de Lusignan. L’île devient une étape chrétienne sûre dans le trajet maritime des croisés, et un maillon important du réseau commercial international. Une salle thématique présente le « manuscrit de Turin », un recueil exceptionnel de la musique de cour des Lusignan, au système de notation mystérieux et d’une étonnante qualité graphique, ainsi que des fragments sonores de celui-ci.

L’autre période mise en avant est la période vénitienne de 1489 à 1571. La République de Veniseadministra l’île comme une colonie et se concentra sur l’exploitation et le commerce de ses ressources naturelles. De nombreux échanges permettaient aux peintres d’icônes chypriotes d’effectuer un apprentissage à Venise, introduisant ainsi le style de la Renaissance dans les icônes classiques.

En 1570, l’île tombe sous domination ottomane. Les Ottomans proclamèrent l’Islam et l’Orthodoxie grecque seules religions officielles. Le dogme romain fut interdit et l’Eglise de Chypre s’empara des monastères et évêchés romains. De nombreux artistes émigrèrent à Venise, puisqu’ils ne pouvaient plus peindre d’icônes sur l’île. Sous l’Empire britannique, à partir de 1878, l’île devient une base militaire pour protéger les routes coloniales. Durant cette période, l’île se modernise de manière rapide. A voir, de nombreuses photos de l’époque, dont un album de John Thomson, photographe officiel de la reine Victoria, envoyé à Chypre pour photographier la nouvelle acquisition…

Chypre a proclamé son indépendance en 1960 et est entrée dans l’Union européenne en 1er mai 2004. La partie nord de l’île est occupée par l’armée turque depuis 1974, y compris une partie de sa capitale Nicosie, auto proclamée République turque de Chypre du Nord et reconnue uniquement par la Turquie.

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En contrepoint, « Contemporary Views »  montre une sélection passionnante de l’œuvre de 12 artistes actuels qui s’interrogent sur les notions de nation, d’identité, de frontière et de mémoire : une vidéo de Panayiotis Michael montre deux mains cousant frénétiquement au fil noir une carte froissée de l’île. « The persistence of the image » est une projection video de Klitsa Antoniou qui réinterprète des documents historiques… Ces artistes infusent leur passé commun et continuent à déployer une expression artistique tout à fait unique.

Ce double regard sur une île, qui illustre et raconte notre identité commune européenne et internationale, est passionnant. En sus, un « Family kit » met en avant, pour les enfants, six œuvres de l’exposition, sur lesquelles une réalisation artistique est proposée. Le tout dans une pochette, avec crayons de couleurs, ciseaux, colle… E un stage d’été est organisé pour les petits : chaque semaine, un groupe d’enfants de 6 à 12 ans explore le monde de l’art sous toutes ses formes.

Mapping Cyprus
et
Contemporary Views
Bozar
Bruxelles

Paru en 2011 dans L’Echo

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