Chemins de paix

url-12Depuis l’année 2000, Clara Halter déploie le mot « Paix », sur papier, gravures, sculptures, bijoux et autres objets. Ayant constaté que cette notion de paix n’avait jamais été représentée dans l’art et qu’elle était d’ailleurs difficile à mettre en image, elle a choisi de calligraphier le mot dans toutes les langues. Pour cela, Clara Halter s’est adressée à de nombreuses ambassades à Paris, en demandant qu’on lui écrire le mot devant elle.

C’est bien évidemment par engagement militant que son projet a démarré. En 2000, pour le passage au nouveau millénaire, elle crée, en collaboration avec l’architecte Jean-Michel Wilmotte, un Monument pour la paix. Il compte douze panneaux de verre sur lesquels est inscrit le mot « Paix » en 32 langues et s’inspire du mur des lamentations de Jérusalem: les visiteurs peuvent laisser un message dans les fentes prévues à cet effet. D’autres monuments sont nés ainsi à Saint-Pétersbourg, Hiroshima, Jérusalem…

Clara Halter vit et travaille à Paris où elle est née. De 1967 à 1977, elle dirige la revueÉléments, première publication internationale pour la Paix au Proche-Orient ; avant de découvrir, en 1976, sa véritable vocation : le dessin ; alors que son mari, Marek Halter, peintre, publie son premier roman. D’un commun accord, ils échangent leurs moyens d’expression. Ce n’est qu’en 1992 qu’elle accepte d’exposer pour la première fois ses dessins, des modules microscopiques et répétitifs, travaillés à la loupe. Depuis, elle montre régulièrement son travail en France et à l’étranger. Ses œuvres se trouvent dans plusieurs collections privées et musées.

A voir actuellement à la galerie Obadia, des pages calligraphiées du mot « Paix » dans des alphabets inconnus. La forme de leurs lettres nous est absolument inconnue. En Khmer, Birman, Arménien, Coréen, Thaï, Amharique, se déploient sur papier calque leur rythme graphique et mystérieux. Une vague immense et rythmée par laquelle on se laisse bercer. Clara Halter raconte le plaisir de la rencontre, du mouvement vers l’autre, quand elle se rend dans les ambassades pour demander qu’on lui écrive, devant elle, ce mot vaste et universel. La délicatesse et la lenteur de cette démarche douce : lettre d’introduction, prise de rendez-vous, visite honoraire… Elle raconte aussi son étonnement devant la forme graphique du mot, son plaisir à tenter de le reproduire. Il y a un grand effet esthétique dans les dessins à voir à la galerie. Etrange répétition qui rappelle les lignes à copier quand on était puni à l’école !

Cette démarche d’ouverture à l’autre se double d’un chemin vers soi-même. La recherche d’une paix entre les hommes ne peut se faire sans une quête de paix intérieure. C’est ce cheminement intime, empreint d’un lyrisme inquiet mais frénétique, qui se donne à voir dans les dessins à la loupe de Clara Halter, exposés aussi ici. Ce « tissage infinitésimal » de lignes répétitives accidentées, nécessitant une concentration absolue et des heures de travail, manifestent le « lien ombilical opaque » entre l’auteur et l’univers. Devant ces formes qui se multiplient et semblent former des figures dansantes à la fois mobiles et compactes, on sent le cheminement intérieur et méditatif de l’artiste. Mais encore, dans la répétition hypnotique du mot « Paix », Clara Halter soliloque une prière répétitive, un mantra dupliqué, un chant collectif, une incantation intime et universelle, ses meilleurs vœux…

Clara Halter
Chemins de Paix
Galerie Nathalie Obadia
Bruxelles

Paru en 2011 dans L’Echo

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