Un petit bonhomme en hologramme se balade dans un décor de bric et de broc. Il saute en l’air, court sur un tourne-disque, surnage dans un aquarium, ou pédale sur un vélo qui semble alimenter une petite lampe via une dynamo. Le tout est présenté dans une grande boîte, comme un théatre de marionnettes. Les scènes sont absurdes, le personnage, burlesque. Digne successeur de Charlie Chaplin et de Buster Keaton, le vidéaste français Pierrick Sorin présente sa première exposition d’envergure en Belgique.

C’est Aeroplastics qui nous offre cette découverte. Le galeriste Jérôme Jacobs suit le travail de Pierrick Sorin depuis une vingtaine d’années. C’est à voir à Bruxelles aujourd’hui et c’est strictement inratable : humour voire désespoir, effets spéciaux bricolés, trucages simples et efficaces, personnages complètement à l’ouest. Vous allez rire, mais attention, ça peut faire mal.

Formé à l’école des Beaux-Arts de Nantes, Pierrick Sorin s’essaie d’abord à la bande-dessinée et à la photo. Ses premières réalisations sont des petits films Super-8 dans lesquels il se met en scène avec un humour décapant et un grand sens de l’autodérision. Mais son souhait de travailler le son et le mouvement le mène très vite à la vidéo. Pour « Réveils » en 1988, il se filme chaque matin, émergeant du sommeil, constate, échevelé, qu’il est encore plus fatigué que la veille et, prenant le spectateur à témoin, décide de se coucher dorénavant plus tôt. Par la suite, Pierrick Sorin va développer le concept d’auto-filmage dans le cadre de petites fictions où il incarne les différents protagonistes, tous d’un ridicule attachant, dans une gestuelle proche d’une marionnette désarticulée, complètement victimes de leur destin, se laissant couler dans les tracas de la vie. Le résultat est à la fois hilarant et décalé.

Dans une des salles, on découvre une vingtaine d’écrans posés en demi-cercle. Sur chaque écran, le personnage est filmé en noir et blanc réalisant un petit geste quotidien, comme manger, se raser. Une puissance narrative associée à un cadrage presque retro nous renvoie un reflet plutôt drôle des tracas de tous les jours. Ces mises en scène peuvent devenir très complexes, comme dans la série « Quelques inventions remarquables », sept dispositifs holographiques conçus pour être intégrés dans l’espace public à l’occasion de Lille 2004.

Avec « Nantes : projets d’artistes », Pierrick Sorin présente un « vrai-faux reportage », qui présente sept projets de (faux) artistes européens passionnés par les nouvelles technologies – tous les protagonistes étant interprétés par Pierrick Sorin. Ce regard ironique presque insupportable sur l’art est une constante dans son travail. D’ailleurs, quand on l’interroge, il refuse de répondre sérieusement aux questions, restant dans une distance amusée par rapport à l’effet que peuvent avoir ses vidéos sur le spectateur.

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Exposé à la Fondation Cartier, au Centre Georges Pompidou, à la Tate Gallery de Londres, au Guggenheim de New York, ou encore à Tokyo, l’artiste bénéficie enfin d’une exposition d’envergure en Belgique, après sa rétrospective à Nantes cet été. A découvrir absolument.

Pierrick Sorin
« C’est Mignon tout ça ! »
Aeroplastics Contemporary
Bruxelles

Paru en 2010 dans L’Echo

 

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